Dites Are : comment constituer un dossier ou la chasse au dahu

Vous avez été licenciés de l’Éducation nationale ? Vous pourrez toucher des Are, les allocations de retour à l’emploi. Enfin, un peu de sursis, pensez-vous. Détrompez-vous ! A l’EN le pire est toujours certain. Vous pensiez en avoir fini avec la maison qui rend fou, leur incurie, leur rhétorique insupportable ? Eh non, vous y êtes encore, et plongés jusqu’au cou, et vous n’avez pas fini d’écoper. Car c’est le Rectorat et non Pôle emploi qui va vous indemniser.

J’espère pour vous que vous êtes joueur, si vous voulez gagner, ou du moins ne pas perdre la tête, votre sang-froid et surtout votre sens de l’humour.

Le cauchemar ne fait que commencer

D’abord, un petit rappel des règles du jeu. Lorsque vous êtes licenciés, vous devez vous inscrire à Pôle emploi (ne tardez pas, car ils appliquent une carence de 7 jours) ; remplir un dossier et, surtout, fournir toutes les pièces que le Rectorat doit vous envoyer, notamment l’attestation employeur, qui est une obligation légale, et qui doit être remise à tout salarié, quel qu’il soit.

Ça ce sont les règles officielles. Mais au Rectorat, ils se pensent tout-puissants ou du moins dans une telle impunité qu’ils ne les suivent pas. Pour accélérer le traitement de votre dossier et pallier leur irresponsabilité, voici donc quelques conseils :

  1. Inscrivez-vous à Pôle emploi avant même de recevoir votre arrêté de licenciement.
  2. Remplissez tout de suite votre dossier auprès de Pôle emploi.
  3. N’attendez pas que le Rectorat vous envoie l’attestation employeur : demandez-la par écrit, de préférence, et en LAR s’ils mettent de la mauvaise volonté en leur rappelant leur obligation légale (vu qu’ils ont tendance à l’oublier, je vous assure que ça ne peut pas leur faire de mal). Et si jamais ils reportent aux calendes grecques le règlement de vos ARE (ce qui arrive très souvent), ce sera toujours une pièce intéressante à verser à votre dossier si vous devez les attaquer.
  4. Faites une copie de toutes les pièces, gardez un double du dossier avant de l’envoyer au Rectorat. Car ils sont capables de tout, de perdre votre dossier ou quelques pièces en route, et vous serez obligés de tout recommencer et de revenir à la case départ.

A présent, vous pouvez commencer à jouer ! Mais avant de vous lancer, jetez quand même un coup d’œil sur le plateau de jeu ou l’organigramme du Rectorat.

Le Rectorat, combien de divisions ?

Le Rectorat, c’est comme une prison, ou une armée, c’est selon avec des cellules et des divisions à foison. Ils ont même une cellule reconversion qu’ils vous proposent d’appeler. Franchement, lorsque vous avez été licencié(e) parce que, sale mécréant(e) que vous êtes, vous avez refusé de vous convertir, un sas de décompression ou de décontamination serait plus adapté. Je vous conseille de l’oublier, sauf si vous avez du temps à perdre.

Et ne pensez surtout pas que le nombre de cellules ou divisions est une addition, donc une richesse, non il s’agit plutôt de cloisonner, de diviser l’efficacité, tout en ne prenant aucune initiative ni bien sûr aucune responsabilité.

Vous avez donc plusieurs divisions, la Dipe, la Dapp, la Dipate (elle ne va pas plus vite pour autant, car il s’agit de la division des personnels d’encadrement)… Il y en a plein d’autres aux acronymes tous plus ridicules les uns que les autres ; la Dafpen, par exemple, si vous voulez vous laver le cerveau ou évacuer quelques glaires, vous pouvez toujours essayer (eh oui il s’agit de la division de la formation),  ou encore la Dafpic (non ce n’est pas un détergent, mais je vous déconseille de l’avaler, car c’est encore de la formation et avec un nom pareil ça ne peut être que du poison). Bref, je ne vais pas tous vous les citer, rendez-vous sur votre site académique pour vous amuser. Et si vous voulez faire des exercices d’articulation, vous pouvez réciter toute la liste, ça remplacera avantageusement Les chaussettes de l’archiduchesse…

Le Rectorat façon puzzle

Les divisions qui peuvent vous intéresser, enfin dans mon académie en tout cas, ce sont la Dipe et la Dapp (la Dipate on oublie, puisqu’on ne m’a jamais encadrée au Rectorat). Mais attention pas n’importe quelles Dipe ou Dapp, il y a la 1, la 2, la 3, la 4, la 5…

Pour avoir votre attestation employeur, allez directement en Dipe 1, ou à la division des personnels enseignants, quel que soit son acronyme, qui gère les certifiés et agrégés. Normalement, c’est eux qui doivent vous l’envoyer. Je dis bien normalement. De mon côté, lorsque j’ai téléphoné à la Dipe 1, une dipienne peu amène m’a rétorqué qu’elle n’avait pas le temps de m’envoyer l’attestation employeur et que de toute façon mon dossier ayant été enterré aux archives, il leur faudrait pas moins d’une semaine pour aller le déterrer.

Si vous vous retrouvez dans ce cas, vous avez le choix :

  1. Envoyez immédiatement une LAR en leur rappelant leurs obligations légales (comme conseillé plus haut).
  2. Contournez le problème, en vous adressant à des personnes plus conciliantes au sein du Rectorat, qui ont gardé un peu de bon sens (si, si ça existe ; certes, c’est une espèce en voie de disparition au sein de l’EN, mais en cherchant bien, on peut encore en trouver ; enfin dépêchez-vous quand même avant son extinction totale).

Il existe sans doute d’autres moyens pour accélérer le traitement de votre dossier, des méthodes plus ou moins musclées, mais, selon le Gorafi qui s’appuie sur une étude très sérieuse, la menace physique n’augmenterait que de 13% la rapidité des démarches administratives.

A vous de voir… Pour ma part, comme j’avais été contractuelle avant d’être stagiaire, je me suis adressée à la Dipe 5 (merci à eux !) qui ont déterré mon dossier en moins d’une journée et m’ont envoyé toutes les pièces dont j’avais besoin, notamment la fameuse attestation employeur. En parallèle, vous pouvez quand même vous inscrire à la boxe Thaï, ça défoule bien, et ça peut toujours servir. Vous pouvez également essayer le cri primal, de préférence dans les oreilles de la dipienne récalcitrante. Même si vous lui esquintez les tympans, ça ne changera rien, puisqu’elle fait la sourde oreille. Au mieux, ça vous fera du bien.

Après avoir reçu votre sésame, l’attestation employeur, pour compléter votre dossier, retournez à la case Pôle emploi qui va vous envoyer un courrier vous informant que c’est au Rectorat de gérer vos indemnités.

Attention : vous devrez vous actualiser tous les mois sur le site de Pôle emploi, même si c’est au Rectorat de vous indemniser.

Une fois que votre dossier est complet, retournez au Rectorat, et adressez-vous à la Dapp 4 ou à la cellule chômage, quel que soit le sigle dont on l’a affublée.

Show must go on

On m’a dit là-bas, c’est pas le bon formulaire

La Dapp c’est la division académique des pensions et des prestations. Après avoir été aux portes du fonctionnariat, vous devenez donc pensionnaire. Ne vous faites aucune illusion ! Cette pension, ce n’est pas un quatre étoiles. Quant aux prestations, vous oubliez le service ! En plus ils parlent une langue que les pensionnaires ne comprennent pas. Et ils vous demandent tout et n’importe quoi, juste pour gagner du temps : des contrats (même si en tant que stagiaire vous n’en signez pas), une « précédente étude », des « amas », un formulaire rose ou jaune (alors que toutes les pièces sont photocopiées en noir et blanc), etc. Et bien sûr, ce n’est jamais la bonne pièce que vous leur fournissez.

Vos échanges, ou plutôt le dialogue de sourds, ça peut donner ça :

  • Allô la Dapp 4, je ne comprends pas. Vous me demandez un contrat, mais comme c’est vous mon employeur, vous devez l’avoir dans mon dossier (vous savez celui qui a été enterré aux archives ou au fond du parc et que la Dipe 5 a déterré…). Non, ne me dites pas que vous l’avez encore enterré et que vous allez de nouveau organiser une chasse au dahu ! (Ils ne pensent qu’à s’amuser au Rectorat, pas étonnant qu’ils aient du retard pour traiter vos dossiers).
  • Non mais c’est à vous de fournir les pièces, vous vous rendez compte, s’il fallait que je m’occupe de retrouver moi-même les pièces d’un dossier, j’y passerai mes vacances.

Et ses vacances, la dappienne, elle y tient, c’est normal ; en plus, il fait un temps de chien et elle n’a pas l’intention d’attraper froid, en allant chercher votre dossier au fin fond des archives ou du parc ; de toute façon, le dahu elle n’y croit plus, elle ne croit plus à rien d’ailleurs. Et puis il a été enterré définitivement votre dossier, même éparpillé façon puzzle dans tout le Rectorat, alors maintenant il ne s’agit même plus de le retrouver, il faut encore le reconstituer.

Mais au fait, à quoi est-elle payée cette dapienne ? A réceptionner toutes les pièces qu’elle vous demandera de lui fournir. Enfin, quoi ! Vous êtes bouchés. Ce n’est pas son travail, c’est le vôtre. En même temps, ça se comprend. Vous, vous avez besoin de ces Are pour vivre et trouver un autre emploi ; vous avez tout intérêt à vous bouger le derrière et retrouver les pièces manquantes ; elle, quoi qu’elle fasse, même si elle ne fait rien, elle aura son salaire à la fin du mois et elle n’est pas payée au dossier.

Enfin, vous retrouvez la fameuse pièce manquante ou perdue. Le problème c’est qu’il manque encore une pièce, il leur en manque toujours. Et plutôt que de vous en fournir la liste pour boucler votre dossier, ils vous les donnent au compte-goutte, juste pour que vous perdiez votre temps à faire des allers-retours. Vous devez donc rebrousser chemin et retourner, pour la énième fois, à la case Pôle emploi. Et quand vous pensez avoir retrouvé la bonne pièce… Ah non zut, ce n’est pas celle-ci, elle ne s’emboîte pas :

  • Je vous ai demandé la précédente étude ! Non mais qu’est-ce qu’ils sont neuneus à Pôle emploi !

Vous en venez même à regretter le laisser-passer A-38. Alors vous vous armez de courage, et vous retournez à Pôle emploi trouver un « neuneu » (merci pour eux !) qui comprendrait quelque chose à tout ce charabia. Et là, si vous avez de la chance, comme moi, vous pourrez tomber sur une neuneue pas si neuneu que ça qui a appris à parler la langue du Rectorat, ô joie, et qui va vous aider à dénouer ce sac de nœuds. Elle a dû suivre de longues études pour cela, plus quelques séances de relaxation et de sophrologie, pour ne pas finir en HP. Et encore, elle vous remplit deux formulaires, deux précautions valent mieux qu’une. Et comme elle a bien appris à parler la langue du Rectorat et qu’en plus, elle connaît leur culture, elle vous demande de faire une photocopie. On ne sait jamais, au cas où la dapienne perdrait de nouveau une pièce du dossier et qu’elle voudrait gagner du temps.

C’est qu’ils sont très joueurs au Rectorat, et qu’ils ont beaucoup de temps à perdre, même si, vous, ça ne vous amuse pas du tout et que vous avez des factures à payer.

Merci l’État patron !

 

13 octobre 2015, c’est la date à laquelle j’ai été officiellement licenciée en tant que stagiaire de l’éducation nationale. J’ai un peu de retard pour fêter cet anniversaire car je l’oublierai volontiers. Rassurez-vous ! Il ne s’agit pas d’une commémoration, mais pour tous ceux qui réfléchissent ou qui réfléchiront à la façon de contester leur licenciement de l’éducation nationale, ce billet permet d’en étudier les possibilités.

Une valse en trois temps

Après l’EQP ou entretien en vue de vous renouveler ou de vous licencier, selon la bonne posture que vous aurez adoptée (sûrement pas debout, mais plutôt assis ou couché), vous recevez une lettre du recteur ou de la rectrice, qui ne veut plus vous dresser, vous « proposant au licenciement ». Car le recteur propose et la ministre de l’EN dispose. C’est le Ministère de l’éducation nationale qui va officialiser votre licenciement par un arrêté.

Premier temps, donc, un « jury » nommé par le recteur, ou par le fait du prince, qui va émettre un avis très favorable à votre licenciement. Jamais ô grand jamais, vous n’aurez un véritable entretien de licenciement, non, car ce n’est ni le courage ni l’humanité qui les étouffent. L’impartialité, n’en parlons pas, puisque votre inspecteur ou inspectrice peut faire partie de ce jury. De toute façon leur position et leurs méthodes étant indéfendables, lorsque la décision est entérinée, ils préfèrent de loin choisir la débandade.

Deuxième temps, la lettre du recteur vous « proposant au licenciement ». Pour ma part, je l’ai reçue mi-juillet. Certains la reçoivent un peu plus tôt ou plus tard, c’est selon. Mais l’été c’est ce qu’il y a de mieux, parce que le rectorat va fermer et vos collègues sont partis en vacances. Donc, si vous avez besoin d’eux pour constituer un dossier c’est difficile de les contacter. De toute façon, mon avocate me disait qu’à moins d’être à deux doigts de la retraite – et encore ! – les enseignants acceptant de témoigner étaient rarissimes voire inexistants.

En outre, vous avez deux mois pour effectuer un recours. Et deux mois c’est court… surtout lorsque vous devez lutter contre le découragement, voire la dépression, en tout cas une grosse déprime et perte d’énergie. Car il faut du temps pour récupérer.

Alors, comment se défendre, lorsqu’au troisième temps, on vous a envoyé valser avec l’arrêté de licenciement ?

Stagiaire de l’éducation nationale : une zone de non-droit

Deux petites choses à rappeler, même si vous les connaissez : vous allez vous battre contre l’État et contre son administration. Je ne vous encourage pas à baisser les bras, mais il vaut mieux partir au combat en sachant réellement contre qui vous vous battez et surtout quelles sont les maigres « armes » que l’on vous a laissées. D’un côté vous avez une administration en ordre de bataille, disposant de l’artillerie lourde ; de l’autre, un stagiaire avec, au mieux, des ciseaux à bouts ronds et, parfois, un avocat qui doit faire avec le « droit », enfin les quelques règles promulguées par l’État. Ne vous faites pas d’illusion, la res publica prime toujours sur la démocratie, la défense de l’État et de ses institutions, sur celle de l’individu et du citoyen. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le droit édicté par l’État l’a été fait pour pouvoir se défendre au détriment de ceux qui voudraient l’attaquer.

Ce qui va vous compliquer encore plus la tâche, c’est que vous êtes professeur stagiaire, un statut non déterminé dans la fonction publique et surtout non protégé. Cela va de la discrimination au harcèlement, des classes surchargées et emplois du temps aberrants au parachutage dans des établissements plus que difficiles. Bref, tout ce qu’il faut pour générer un véritable mal-être, et parfois pire encore. Certains justifient même cette zone de non-droit en qualifiant ce stage de période d’essai. C’est dire la confusion qui règne dans certains esprits ! En fait dans la fonction publique, tout est affaire d’exception. Pas de contrat, ni convention, aucune protection pour un stage ou une période d’essai d’une année (du jamais vu dans le privé !), et tout un tas d’obligations, entre objectifs irréalisables, compétences illisibles, travaux inutiles, que l’on ne demande même pas aux titulaires… Bref, vous entendrez et subirez tout et n’importe quoi. Même votre licenciement, ce n’est pas vraiment un licenciement, juste une non-validation de stage. Et pourtant vous perdez vraiment votre travail et vous vous retrouvez vraiment au chômage. Ces abus de langage, de pouvoir, ce statut bâtard qui ne devrait pas exister, mais qu’on vous impose pendant une année, ne sont pas là par hasard. Ils permettent à beaucoup d’avoir les coudées franches, sans être jamais tenus pour responsables.

L’exception administrative française

Dès que vous êtes « proposé(e) au licenciement » par le recteur, vous avez trois recours. Ne pensez pas que vous multipliez par trois les chances de gagner. Non, vous multipliez par trois les chances d’être débouté(e), et surtout bien fatigué(e). C’est fou comme ils veulent vous avoir à l’usure.

Le premier, c’est le recours gracieux à effectuer auprès du recteur ou de la rectrice, celui ou celle donc qui a demandé votre licenciement. C’est un peu comme si dans le privé, après avoir été viré(e) par votre employeur, vous lui demandiez de revenir « gracieusement » sur sa décision, de reconnaître que lui-même ou ses subordonnés se sont trompés, et que vous êtes victime d’une injustice. À votre avis, vous avez combien de chances pour que votre recours soit étudié ? Moins qu’au loto, je vous le garantis.

Vous pouvez également effectuer un recours hiérarchique, i.e. adresser votre requête au supérieur hiérarchique du recteur ou de la rectrice. Le hic c’est que ce supérieur c’est le/la ministre de l’éducation nationale. Dans le genre proximité on fait mieux. De toute façon, là encore, quelles sont les chances pour que le recteur/la rectrice et tous ses acolytes soient déjugés au profit d’un(e) stagiaire ? Allez entre 0 et 1 parce que l’espoir fait vivre.

La seule utilité d’effectuer l’un de ces deux recours, dans la majorité des cas, c’est de gagner du temps, si vous voulez reporter votre arrêté de licenciement ou le délai de deux mois pour aller au TA.

Le seul et dernier recours, donc, qui pourrait en valoir la peine, c’est le contentieux auprès du Tribunal administratif. Mais là encore, ne nous emballons pas !

Car votre marge de manœuvre est on ne peut plus réduite.

D’abord pour faire valoir vos arguments. Commentant l’annulation d’une décision de licenciement par le tribunal administratif, un avocat relève : « pour contester son licenciement l’agent non titulaire ne peut invoquer ni le droit à communication du dossier, ni le droit à motivation de la décision de licenciement, le licenciement n’étant pas considéré comme une sanction. »

Ensuite, pour faire valoir vos droits, car l’annulation du licenciement entraînera, au mieux, un renouvellement. Et dans ce cas, on ne vous laissera pas le choix, vous devrez refaire votre stage dans la même académie. En d’autres termes, vous allez vous retrouver face à ceux qui ont tout fait pour vous licencier et qui ont été déjugés. À votre avis quel accueil vous sera réservé pour votre deuxième année de stage ? Allez, si vous donnez votre langue au chat et que vous n’aimez pas beaucoup le suspense, je vous laisse découvrir ici ce qui peut vous arriver.

Le stagiaire est-il un être humain comme un autre ?

En tant que professeur stagiaire, vous jouissez donc d’un véritable statut d’exception ; vous avez les mêmes devoirs qu’un titulaire mais aucun de ses droits. C’est de ce vide juridique que naissent l’arbitraire et tous les abus normalement sanctionnés par la loi. Alors, que faire ? Je vous donne ici quelques idées. Si d’autres personnes veulent en ajouter qu’elles n’hésitent pas !

Premier point : Ne restez pas isolé(e) ! Parlez-en, mais pas à n’importe qui. Choisissez des interlocuteurs impartiaux, et qui ne craignent pas les sanctions, hors de l’EN de préférence : l’Autonome de solidarité, le Défenseur des droits ou ses délégués, un avocat. Il existe aussi des associations qui écoutent les victimes de discrimination et de harcèlement et les épaulent dans leurs démarches juridiques. Vous pouvez également, d’un point de vue financier, demander l’aide juridictionnelle. Les moyens existent mais il faut du temps.

J’en arrive donc à mon deuxième point : N’attendez pas le dernier moment ! Surtout si votre santé est menacée, si vous vous sentez fragilisé(e), traité(e) avec iniquité. Certains signes peuvent vous alerter, et les méthodes sont souvent les mêmes, discrimination – stigmatisation – exclusion. Commencez à réunir les preuves, constituez un dossier. Et surtout, ne pensez pas que votre bonne foi triomphera, sans que vous ayez eu à lutter. Non, vos détracteurs jouent sur la peur et la désinformation et leur seul but est de se protéger.

Ne vous laissez pas enfermer dans un système qui fonctionne en vase clos ; explorez d’autres pistes juridiques, surtout celles dont on ne parle jamais dans ce milieu, trouvez des chemins de traverse ou faites l’école buissonnière, pour vous échapper et vous défendre au mieux.

Vous n’avez peut-être aucun droit en tant que professeur stagiaire, mais vous en avez en tant qu’être humain. Et ces droits-là, il ne faut pas les oublier.

Ça rentre pas dans les cases

Je vous parlais dans mon dernier billet du licenciement des stagiaires de l’éducation nationale. J’aimerais revenir sur les méthodes et arguments utilisés par quelques « bonnes âmes » au sein de l’EN qui tiennent des discours lénifiants ou minimisent ces licenciements pour mieux les justifier. Leurs arguments, bien pauvres en vérité et dignes de sophistes, ne font état que de présupposés et de généralisations donnés comme des évidences, sans tenir compte de la réalité, celle des chiffres et des rapports d’évaluation, allant jusqu’à nier la souffrance engendrée.

Premier argument : les licenciements de stagiaires de l’éducation nationale sont rares.

Déjà cet argument n’est pas valable. Un licenciement abusif même au singulier n’est pas acceptable et ce qui constitue l’abus de pouvoir ce sont les méthodes utilisées et les raisons invoquées pour licencier. Et puis cette affirmation est tout bonnement fausse. Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de l’EN et datée du 3 septembre 2016, La FNEC-FP FO s’insurge à nouveau contre les « charrettes de licenciements » d’enseignants stagiaires.

15 % en 2015 ! C’est le chiffre avancé dans cette lettre. Si l’on applique ce pourcentage aux chiffres des admis aux concours 2014, devenus stagiaires, cela nous donne plus de 2 000 enseignants dans le secondaire « mis en redoublement ou en licenciement » en 2015.

Vous, je ne sais pas… moi, en tout cas, ce n’est pas le sens que je donne à la rareté. Je veux bien croire qu’entre les murs, certains ont perdu tout contact avec la réalité extérieure, mais il leur suffit d’ouvrir un dictionnaire pour comprendre le sens de ce mot. Et s’ils persistent dans le déni des chiffres et de la langue française, eh bien qu’ils aillent dire aux centaines de salariés d’Alstom menacés de licenciement que leur suppression de postes, c’est rien, c’est rare, rarissime même, que ça ne vaut pas la peine de se battre. Allez soyez gentils, rentrez chez vous et tournez la page !

Revenons-en à l’EN et à cette lettre ouverte : 15 % en 2015… et ce n’est pas fini ! Plus de 10 % en 2016… sans compter les enseignants du premier degré qui eux aussi subissent ces licenciements abusifs ! Pas étonnant donc que l’on s’alarme de ces chiffres… et des méthodes utilisées.

Car on pourrait tout à fait penser que ces refus de titularisation, même s’ils sont loin d’être rares, sont justifiés. En ouvrant les vannes du recrutement, l’EN se serait trouvée face à des milliers de personnes qui ont réussi des concours exigeants (capes, caplp, crpe, agrégation, etc.) mais qui s’avèrent incompétents. C’est peu probable, surtout dans de telles proportions. Pour autant, la question mérite d’être étudiée.

Deuxième argument : les stagiaires licenciés sont dans le déni de dysfonctionnements réels.

Dysfonctionnements réels, brrr, ça fait froid dans le dos. On imagine un stagiaire qui disjoncte à chaque cours. Heureusement que les Super Purgons de l’éducation veillent au grain ! J’aimerais quand même rappeler qu’un stagiaire ne dysfonctionne pas, ce n’est pas une machine, ni une structure administrative comme peut l’être l’EN, mais un être humain… Remplaçons donc ce terme par quelque chose de plus approprié, comme difficultés par exemple, ce qui ne change rien au caractère fallacieux de cet argument. Alors quelles sont ces difficultés réelles qui justifient le licenciement ? « la non-assiduité à la cantine » ? le fait de faire « cours au tableau » ? de ne pas adopter la bonne posture (sans jamais préciser ce qu’elle doit être) … ?

Mais non, vous n’avez rien compris, enfin ! Les stagiaires ne sont pas licenciés parce qu’ils ont des difficultés, non, ils le sont parce qu’ils sont dans le déni de ces difficultés !

Et ça c’est l’argument le plus pervers qui soit. Pourquoi ? Parce qu’à l’issue de votre première année de stage, si vous acceptez de faire amende honorable, vous pourrez redoubler pour remédier à toutes ces difficultés : vous mangerez tous les jours à la cantine, vous ne ferez plus cours au tableau, vous montrerez de l’enthousiasme à l’idée d’appliquer la réforme du collège et d’ailleurs tout ce qu’on vous demandera d’appliquer, etc. Vous adopterez – enfin ! – la bonne posture ! Or, si vous contestez toutes ces « difficultés » – non pas par mauvais esprit, mais parce que justement vous avez de l’esprit et vous vous en servez –, vous serez accusé(e) d’être dans le déni, de refuser de vous former, d’être irrécupérable, donc bon à jeter et être licencié(e).

De toute façon vous êtes piégé(e). Comment voulez-vous décemment vous défendre face à des assertions aussi ridicules ? « C’est vrai je n’ai pas mangé à la cantine, car je n’avais pas pris conscience de l’importance de ce problème mais je promets de tout faire pour m’améliorer et d’être désormais assidu(e) au réfectoire » ? Face aux ressentis et aux mensonges, c’est encore plus périlleux. Comment leur dire que vous savez mieux qu’eux ce que vous pensez, sans paraître indélicat ? Comment leur dire qu’ils mentent sans froisser leur susceptibilité et être accusé(e), comme je l’ai été, d’avoir un « comportement inadapté » ou une « éthique professionnelle instable » vis-à-vis de votre hiérarchie ?

Vous l’aurez compris, votre compte est bon, même si ça ne rentre pas dans les cases, que ça n’a rien à faire dans un rapport d’évaluation, que ce n’est pas pertinent, ni fondé sur des faits ou la moindre observation. Et plus vos détracteurs seront incapables de justifier votre licenciement, plus ils s’acharneront et useront d’une communication perverse (flou, ressenti, paradoxe…), une violence verbale par petites touches, mais bien distillées, dont Marie-France Hirigoyen et bien d’autres ont dénoncé les méfaits.

Et plus ils seront nombreux à monter au créneau. Car ce n’est pas une, pas deux, mais trois personnes qui vont vous évaluer. Comme l’avait dit une formatrice, le stagiaire est au centre d’une triangulaire. Et encore ça c’est la règle générale qui donne naissance à plein d’exceptions, car de mon côté, j’ai eu six évaluateurs, rien que pour moi ! Je n’étais pas au centre d’un triangle, mais d’un hexagone. Et être évalué sous l’signe de l’hexagone, c’est pas la joie, en vérité, et le roi des cons, sur son trône, me dites pas qu’il est Finlandais. De toute façon c’est très difficile de départager tous ces dévaluateurs, il faudrait plusieurs couronnes pour ça ; car c’est à qui rendrait le rapport le plus négatif, à qui utiliserait la formule la plus grotesque, à qui produirait la plus grosse contradiction, etc. Alors, à quand les Gérard des rapports d’évaluation ?

Et quoi qu’il arrive, on refusera de vous entendre. L’absence de réponse, le refus de discuter fait aussi partie de cette communication perverse.

Et je ne peux pas croire que ces « agents » qui infantilisent, méprisent, humilient, usent et abusent d’un langage perverti puissent promouvoir un modèle éducatif, digne de ce nom. Et je ne peux pas croire que ces « agents » qui se portent garants de telles méthodes, à travers leurs sophismes, aient le moindre souci de l’humain, de leurs élèves ou de nos enfants. À tous ceux-là, je conseille de s’aérer les méninges – ils en ont bien besoin – et d’aller voir ce qui se fait ailleurs sous d’autres cieux, de respirer un air moins vicié, en Finlande, par ex., qui a réussi à débarrasser son mammouth de son administrativite, de sa graisse saturée qui l’empêchait d’avancer.

Là-bas, l’enseignant est considéré comme un être humain, avec ses failles mais aussi ses forces, ses différences, bref « une personne réelle, non pas une entité désincarnée n’existant que dans l’imaginaire administratif ». Ça fait rêver, non ?

Fonctionnaire, fonctionnaire, est-ce que j’ai une gueule de fonctionnaire ?

Pour cette rentrée, je vais aborder un sujet peu plaisant, le licenciement dans l’éducation nationale. Mais bon, difficile de faire l’impasse, car il est malheureusement d’actualité pour tous les stagiaires de l’éducation nationale qui ont été licenciés cette année, qui ne comprennent pas ce qu’il leur arrive, qui peuvent se sentir désemparés. Et ce n’est sûrement pas l’éducation nationale et sa DRH (Ah bon, il y a une DRH ? Mais non, voyons, évidemment je plaisante, enfin il n’en existe pas une digne de ce nom) qui vont les aider à y voir plus clair et à affronter ce moment douloureux.

Car le licenciement dans l’éducation nationale est un sujet tabou, en tout cas sur lequel l’EN n’est pas pressée de communiquer. Le linge sale on le lave en famille, entre soi, à l’abri des regards et des questions trop indiscrètes, on ne commente pas les chiffres [1], on tente même de les escamoter, on ne suit aucune règle, on ne répond pas aux interrogations légitimes de tous ceux qui sont licenciés. Et surtout on emploie des méthodes déjà dénoncées par Daniel Arnaud dans son article « Un totalitarisme dans la République », pour isoler et réduire au silence tous les empêcheurs de tourner en rond et préserver ainsi une image que l’on veut lisse, sans aspérité, et surtout sans tache. Ce qu’analyse Daniel Arnaud, je l’ai vécu pendant mon année de stage, et même s’il est plus simple de virer un stagiaire qu’un titulaire, les méthodes utilisées sont les mêmes : pour cacher les fausses bonnes raisons de vous licencier, on « blinde », on « verrouille » les dossiers ; on s’acharne, on laisse la personne à terre, suffisamment exsangue pour qu’elle n’ait plus de forces pour se battre et qu’elle ne relève pas la tête.

Bien sûr j’étais loin de me douter de tout cela lorsque j’ai passé le capes. Je savais bien déjà deux, trois petites choses sur l’EN. J’avais été contractuelle, je connaissais donc en partie le travail à effectuer sur lequel j’avais d’ailleurs été évaluée positivement, je savais aussi que je serais stagiaire. Pourquoi d’ailleurs appeler « stage » ce qui devrait être une formation en alternance ? Parce que ces derniers termes sont trop valorisants ? Pas assez infantilisants ? Parce que, pour cela, il faudrait mettre en place une véritable formation ? Et ça, en effet ce n’est pas gagné. Ils ont pourtant réussi à trouver un nom bien prétentieux, l’Espé, école supérieure du professorat et de l’éducation, mais c’est tout. La structure, elle, a été bricolée vite fait, et très mal fait, sans mur porteur ; la majorité des matériaux, des outils, l’ameublement même, ont été récupérés dans la décharge des IUFM pour être recyclés rapidement, et hop, on passe un petit coup d’enduit et le tour est joué. Comment faire du neuf avec du vieux ? Demandez à l’EN, c’est un savoir-faire qu’elle possède et qu’elle a pu peaufiner au fil des ans. Certes vous tournez en rond, vous n’avancez pas, mais après tout, qui s’en soucie ? De toute façon, le principal ce n’est pas le fond mais la forme et dans son opération de com, l’EN avait soigné sa présentation. C’est qu’elle est très forte cette institution pour enrober n’importe quoi dans des faux-semblants, entre langage technocratique et grandes formules creuses hors du temps et de la réalité qui fleurent bon la mise en coupe réglée : « refondation pédagogique », « métier d’enseignant, qui porte une ambition pour la Nation tout entière »… Et quand vous commencez à déballer, à l’intérieur, en guise de contenu, c’est le vide sidéral.

Bien sûr, je pouvais me douter que nous allions, en tant que stagiaires, essuyer les plâtres de cette refondation sans fondation, mais je ne pensais pas que certains d’entre nous allaient finir écrasés et que les brèches ne seraient jamais colmatées. Je ne me doutais pas non plus que la seule règle à suivre lors de cette année de stage serait : sois bête et tais-toi !

Car l’essentiel n’est pas d’être un bon enseignant ni même un enseignant tout court, non l’essentiel est d’être un bon fonctionnaire ou un « bon petit soldat », selon les mots mêmes d’un formateur. L’année de stage ne sert pas à évaluer votre pratique, elle sert à évaluer votre capacité à obéir à n’importe quelle injonction absurde, à subir comme me l’a dit un syndicat « un formatage pédagogique », à vous taire devant toutes les incuries et les abus de pouvoir. Bien sûr, rien ne vous oblige à devenir bête, vous pouvez juste faire semblant – et plus vos évaluateurs sont incompétents, plus vous devez montrer que vous êtes incapable de penser par vous-même. Ça les rassure ! Pour être un bon fonctionnaire-stagiaire de l’EN, laissez donc votre cerveau au vestiaire, vos principes, vous vous asseyez dessus, et c’est parti pour une année de plaisir… et de bizutage (je croyais pourtant qu’il avait été interdit en 1998), avec mise sous tutelle et infantilisation, quelques brimades et humiliations, histoire de vous mettre au pas, quand il ne s’agit pas de harcèlement pur et simple. Bref, que du bonheur !

Et si, au terme de votre parcours, on dénigre votre personnalité, si l’on nie votre travail et des compétences que vous savez acquises, si l’on remet en question votre « comportement » ou votre « éthique » vis-à-vis de votre hiérarchie, si votre inspectrice vous lance en pleine face et en plein EQP, « vous n’êtes qu’une contestatrice »… ne cherchez pas plus loin les raisons de votre licenciement : vous n’avez pas la gueule de l’emploi, une bonne tête de fonctionnaire. Alors, ne battez pas votre coulpe, traînez-les devant les tribunaux si vous voulez et si vous le pouvez, et surtout redressez la tête. Oui, vous êtes certainement fait pour ce métier, mais êtes-vous sûr d’être fait pour ce milieu ?

[1]. Certains syndicats, et pas des moindres, préfèrent d’ailleurs ne pas communiquer sur le sujet, certains allant même jusqu’à parler de cas « rarissimes » de licenciement quand ils ne les justifient pas. Et pourtant, en 2015, l’année où j’ai effectué mon stage, FO avait dénoncé des « charrettes de licenciements » dans plusieurs académies.

On connaît la chanson. Les fossoyeurs du Rectorat

On est en plein été et vous êtes grillés ? A moins que vous ne soyez casés. Je dédie ce pastiche du Poinçonneur des Lilas de Gainsbourg, qu’il avait lui-même pastiché à travers son Fossoyeur de Pacy sur Eure, à tous les stagiaires, notamment ceux qui ont été convoqués à l’EQP, qui ont consulté leurs dossiers et toutes leurs croix de mauvaise foi, et qu’on a licenciés. J’espère que cette petite chanson, Les fossoyeurs du Rectorat, vous fera un peu sourire et vous aidera à vous évader de ces grilles de compétences dans lesquelles on vous a enfermés toute l’année. On dit que la musique adoucit les mœurs, l’humour permet aussi de prendre de la distance. Et si le ridicule ne tue pas on peut toujours s’en amuser.

 

♫ Les fossoyeurs du Rectorat ♫

J’suis IPR au Rectorat
Le genre qui saque et que les profs n’aiment pas
J’ai voué ma vie à l’EN
j’suis une vraie teigne
J’ai pour évaluer les stagiaires
Des grilles fournies par l’ministère
Et dans ce cadre réglementaire
Qui fait la part belle à l’arbitraire
Je coche des cases comme ça me chante
Et j’suis contente*
Paraît qu’il n’y a pas d’ sot métier
Moi j’fais des croix et j’prends mon pied

j’fais des croix, des p’tites croix encore des p’tites croix
Des p’tites croix des p’tites croix toujours des p’tites croix
Des croix pour renouveler
Des croix pour licencier
j’fais des croix, des p’tites croix encore des p’tites croix
Des p’tites croix des p’tites croix toujours des p’tites croix
Des petites croix des petites croix des petites croix des petites croix

Je suis tutrice d’établissement
Où j’enseigne déjà depuis trop longtemps
J’aime pas mon métier, j’suis frustrée
Mais j’vais m’défouler
Sur la stagiaire qu’on m’a collée
dont j’dois m’occuper cette année
Et si j’arrive à l’enterrer
j’serai p’être promue formatrice à l’Espe
Alors je rêve je divague
Je fais pas de vagues
et j’mets des croix, j’monte des dossiers
Pour voir mon rêve s’réaliser

J’ai la foi, et j’y crois, je mets des p’tites croix
Des p’tites croix, des p’tites croix, toujours des p’tites croix
C’est une vraie pagaille
Mon cerveau déraille
Mais j’ai la mauvaise foi et j’mets des p’tites croix
Des p’tites croix des p’tites croix toujours des p’tites croix
Des petites croix des petites croix des petites croix des petites croix

Je suis stagiaire à l’EN
où je travaille sans ménager ma peine
J’en ai marre j’en ai ma claque
De ce cloaque
Où l’on est infantilisé
Mis sous tutelle et méprisé
Si je suis titularisée
Je pourrai enseigner en liberté
En attendant d’ tracer ma route
J’tiens coûte que coûte
Mais j’en ai assez d’écoper
De l’EQP, d’être calomniée

Et de m’prendre des p’tites croix encore des p’tites croix
Des p’tites croix des p’tites croix toujours des p’tites croix
Y a d’quoi d’venir barge
De quoi prendre le large
Faire une croix sur tout ça, n’plus porter sa croix
Faire une croix, une p’tite croix une dernière p’tite croix
Et adieu le fonctionnariat, je n’entendrai plus parler d’croix
Plus jamais d’croix de petites croix de petites croix de petites croix

* variante au masculin : je coche des cases comme je l’entends, et j’suis content

Iris Agate. Une saison dans l’Enfer des profs

Bon été à tous, et merci à Gérard Lambert et à sa chronique sur mon livre que je reproduis ici et que vous pouvez retrouver aussi sur le site d’informations 7Seizh.

 

Une saison dans l'enfer des profs.inddL’Education Nationale. Son charabia. Ses centres de formation. Ses inspecteurs. Si vous saviez ! Mon dieu si vous saviez ! Si vous saviez le Pompidolium ! Et c’est censé préparer vos gosses à la vie réelle. Ma Doue, ma doue ! L’Education Nationale française. Wôlôlô… Pas les profs s’entend… Non, non… la méga-machine !… la bureaucratie jargonante !… les pédagodingues à triple völapuk intégré… et tout ça avec votre argent, camarades ! Et sur vos gamins ! Wôlôlô !…

C’est bien simple, si les gens savaient exactement comment fonctionne la formation des enseignants dans l’Educ’ Nat’, ce serait des émeutes dans les rues. Pire que Soweto ! Le gouvernement tomberait en 8 jours. Je n’exagère pas d’une miette. Le monde entier se fout de nous. Faut le dire, faut le dire ! Sachez-le ! L’administration et le contrôle pédagogique de l’Education Nationale Française c’est le dernier bastion des 68ards sur le retard. Toute cette prodigieuse engeance jacassante qu’il aurait fallu envoyer au goulag. Même en Haute-Volta ils ne nous les prendraient pas au kilo !

Donc Iris Agate a subi. Tout ça… « L’ontolongie segmentielle », la « transversale des possibles »… les petits gros sourcilleux, le vendredi à 17h. Et elle en a fait un livre de sa souffrance… plein de feu et de terrible. Elle voulait pourtant apprendre aux enfants. Collégiens. Mais l’Education Nationale a décidé de la dévorer. Parce qu’il faut poursuivre dans l’erreur. Poursuivre dans l’expérimentation pédagogique.. jusqu’à ce que « l’Enfant nouveau » apparaisse !…

Je touche son abysse personnelle du doigt car elle n’a pas tout raconté. Pas été assez profondément dans les cercles de l’Enfer… peut-être s’est elle « auto-remédiée » depuis ? Peut-être qu’elle n’a pas osé ? La réalité est encore plus terrible en vérité. Iris Agate aura trouvé une protection littéraire pour parler de ses années gâchées à être une « stagiaire de l’Education Nationale » : elle insère, entre ses aventures, des extraits de l’Enfer de Dante. Façon classieuse de dire sans le dire. De faire comprendre au lecteur la souffrance d’une apprentie-prof. Mais sans trop y aller à la sulfateuse. Avec classe. Iris Agate est trop bien éduquée. C’est le pays de Retz ça… Drame, drame. Parce que ce n’est pas Dante qu’il faut insérer entre les lignes quand on parle du Grand Bazar, c’est les Dents de la Mer. Vous nagez tranquillou… plein de bleu dans le ciel et tout d’un coup une saloperie de requin à lunettes vous arrache la jambe et part se la bouffer tranquillou au rectorat. Vous pensez que c’est fini et hop, le bestiau revient et vous arrache la cuisse en une inspection.

Et vous nagez, et vous coulez…

Et l’école de vos gosses coule… lentement… Et surtout vos gosses coulent…. lentement… se noient dans la « pédagodinguerie » façon Philippe Meirieu…

Lisez Iris Agate et descendez dans les rues, merde quoi ! Elle, elle a voulu se battre !

Une saison dans l’enfer des profs : la divine comédie, Iris Agate. le Temps éditeur.

Une saison dans l’enfer des profs… par Exogène

Je vous livre ici la chronique d’Exogène sur mon ouvrage. Vous pouvez la retrouver ainsi que d’autres chroniques du même auteur sur le site d’information en ligne Seizh 7.

Une saison dans l'enfer des profs.inddLa Divine Comédie, tel est le sous-titre de cette auto-fiction écrite sous le mystérieux pseudonyme d’Iris Agate, pseudo qui semble bien être l’anagramme de stagiaire… Nous le savons tous, l’éducation nationale est une institution que le monde libre nous envie, surtout depuis que son dernier concurrent sérieux, l’armée rouge, a disparu.
Iris Agate l’a cru aussi. Editrice, elle a tenté et réussi brillamment le Capes de lettres, ce concours de la fonction publique qui permet d’enseigner dans les collèges et les lycées. Un peu naïve, elle a cru aux valeurs de la République, n’y a-t-il pas une épreuve de ce concours qui porte le doux nom de Agir en fonctionnaire de l’état, de façon éthique et responsable ? Ça fait rêver non ? Bienvenue au 21e siècle !
Bref, Iris a vécu en immersion le quotidien des jeunes enseignants qui viennent d’obtenir le précieux sésame. Et elle a découvert deux principes. Pour réussir, il faut être gris, tout gris, ne pas faire de vagues, ne pas se faire remarquer, dire bonjour à la dame, être poli avec la hiérarchie et surtout ne pas remarquer les incohérences, la nullité de l’enseignement dispensé pendant une année de stage à l’issue de laquelle les lauréats du concours seront ainsi titularisés, on devrait dire confirmés, au sens religieux du terme.
Deuxième principe, le principe d’inhumanité. Un rapport récent du Bureau International du Travail soulignait que les enseignants en France représentent un prolétariat déconsidéré à la fois par sa hiérarchie mais aussi par le principal syndicat d’enseignants, le SNES qui trop occupé à gérer ses très chers permanents, pour toute réponse, conseillera à Iris à l’issue de son licenciement de repasser le concours dans une autre académie. Ça, c’est ce qu’on peut appeler du syndicalisme de combat !
Comme beaucoup d’entre vous, je croyais qu’il fallait tuer quelqu’un pour perdre le statut de fonctionnaire. Que nenni. Quand vous passez un concours, le précieux sésame, vous ne l’avez pas. Vous l’aurez, si tout se passe bien, à l’issue d’une année de « stage » que d’aucuns pourront qualifier de mise en examen.
Car, oui, Iris s’est fait virer, comme une malpropre, au prétexte qu’elle ne « maîtrisait pas le français ». Ironie de l’histoire, ceux qui liront son roman pourront juger de la qualité de son style. La réalité, confirmée par de nombreux témoignages un peu partout en France, c’est que l’éducation nationale se débarrasse de tous ceux qui, avant de passer le concours, ont eu une expérience de vie, particulièrement, quelle horreur, dans le secteur privé. Dans le meilleur des mondes, il ne faut pas sortir du rang. Ne pas avoir eu vent de la vie réelle et surtout penser que l’école privée, c’est l’école des riches, le mal absolu. Et tant pis si une étude de 2016, conduite par un chercheur de l’Edhec, montre que les collèges privés sont surreprésentés parmi les établissements les plus mélangés socialement…
Coûte que coûte, il faut en rester au modèle de l’école de Jules Ferry, celle qui uniformise au nom de l’égalité. L’école de la République, qu’elle soit de droite ou de gauche partage les même valeurs : celles de la colonisation des esprits.
Mais revenons à la littérature. Car ce livre est une réponse littéraire faite à une injustice. Un roman au milieu d’une multitude d’essais au titre évocateur : La stagiaire et le mammouth, Ces profs qu’on assassine, L’école de la lâcheté, etc. Car comme le souligne une critique parue dans un quotidien breton, « le style caustique apporte beaucoup de légèreté à l’ouvrage », l’auteur comparant par exemple les figures de style (oxymores, chiasmes, hypotyposes…) à des noms de médicaments censés protéger des maladies intellectuellement transmissibles…
Enfin, au récit de ses aventures, l’auteure ajoute un deuxième récit qui, à la façon de Dante, lui permet de raconter sa propre descente aux enfers. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, à l’issue de la lecture du roman d’Iris Agate, courez acheter « l’Enfer » de Dante, l’ouvrage fondateur de l’unité italienne écrit en… Toscan.
Mais sachons relativiser. Tout ce que raconte Iris Agate se passe dans l’éducation nationale. Qu’on se rassure, ce n’est pas dans les écoles bilingues de Bretagne que cela pourrait arriver. Dans ces écoles, on n’y cultive pas la pensée unique, on y a le plus profond respect et la plus profonde considération pour les enseignants. Et puis, ce n’est quand même la faute de l’Institution si par « manque de motivation des parents », les écoles Diwan de Pornic et Paris ont dû fermer !

L’EQP ou le lâcher de stagiaires

Qu’est-ce que l’EQP, ou Examen de Qualification professionnelle ? C’est la dernière étape pour certains stagiaires de l’éducation nationale, triés sur le volet, qui n’auraient pas donné toute satisfaction à leurs éleveurs évaluateurs (ESPE, IPR, tuteur/tutrice, chef d’établissement). Quels sont leurs critères ? Parmi les principaux, citons le délit de faciès, d’âge, d’expérience… Un bon fonctionnaire se doit d’être obéissant voire servile et toute personne exogène à l’EN, mais aussi à l’ESPE, ayant suivi un parcours différent, ou encore tout stagiaire suspect de ne pas savoir se taire ou parler à bon escient est jugé réfractaire et sanctionné par un refus de titularisation.

Avant cet EQP, ou jury de validation, chargé en dernier ressort de vous décréter apte ou inapte à la servilité au métier d’enseignant, le pigeon stagiaire doit passer par différentes étapes.

De la ponte à l’œuf puis à l’éclosion ou l’entrée dans le métier

il s’agit ici du cycle de reproduction classique du stagiaire, passage d’un concours, CRPE, CAPES, CAPLP, etc. puis admission. Lorsque les pigeonneaux ont réussi leur éclosion, on va les élever au sein de leurs établissements (école, collège, lycée) et de L’ESPE. Quel est le type d’élevage pratiqué ? Il n’existe pas de règles, ce dernier étant au bon vouloir des tuteurs, formateurs, inspecteurs. De nombreuses études montrent, hélas, que l’élevage biologique de type extensif dans l’éducation nationale, où le stagiaire est élevé en toute liberté et nourri au bon grain, est très rare, voire inexistant. Et pourtant on ne dira jamais assez les bienfaits de ce type d’élevage d’enseignants, respectueux des principes éducatifs et non polluants et qui a fait ses preuves en Finlande, notamment.

Si donc vous tombez, par le plus grand des hasards – heureux veinard ! – sur des éleveurs soucieux de votre bien-être, vous pourrez mieux résister aux différentes pressions et au stress de l’année ; votre teint sera rosé, vous respirerez la santé, la joie de vivre et le plaisir d’enseigner et très vite vous sentirez des ailes vous pousser, bien préparé à prendre votre envol.

Si à l’inverse, vous tombez sur des éleveurs intensifs (et ils sont malheureusement légion), peu scrupuleux, voire toxiques, vous allez subir un gavage pendant toute l’année, assorti de conseils rances et très indigestes, et soumis à un stress régulier et contre-productif, voire à du harcèlement. Certes vos poussées d’adrénaline attendriront un peu votre chair, mais l’amertume prendra bientôt le dessus et, malgré vos larmes, vous ne serez jamais labélisé ou à même de rivaliser avec la viande  délicieuse de l’agneau pré salé. Non seulement on vous coupera les ailes et vous risquez d’atteindre très rapidement votre seuil de tolérance ou de péremption. Votre teint sera terne ; les yeux cernés, bien fatigué, vous vous recroquevillerez… Bref ce ne sera pas la grande forme et vous aurez d’autant plus de mal à gérer les petits tracas quotidiens, ou à pouvoir vous ressourcer auprès des vôtres dans votre nid douillet.

La chasse est ouverte : le lâcher de stagiaires

Bon an, mal an, votre année de stage est terminée et la relève est assurée ou du moins les pigeons de l’année prochaine vont bientôt naître. Vos éleveurs peuvent donc opérer leur première sélection pour votre validation ou non-validation de stage. Soit vous serez mis sur le marché, c’est la titularisation ; si vous n’êtes pas encore consommable, mais que l’on pense pouvoir vous amener à maturation après une deuxième année d’élevage de stage, ce sera un renouvellement ; soit vous êtes décrété impropre à la consommation, donc jetable, et ce sera le licenciement.

Et c’est bien dans ce dernier cas où l’EQP entre en scène et prend tout son sens.

Vous pouvez bien jeter un coup d’œil sur les textes officiels, mais ils ne vous apprendront rien, rien en tout cas qui puisse vous préparer à la réalité, car le cadre réglementaire est suffisamment flou et large pour que chacun fasse ce que bon lui semble. Et pourtant c’est sur la foi, trop souvent mauvaise, de cette commission, que va se jouer votre carrière. Si vous sentez que vous êtes sur la sellette, ne prêtez pas une oreille trop attentive aux discours lénifiants, voire fatalistes et même cyniques, de certains de vos collègues ou de certains syndicats vous invitant à montrer vos points forts mais aussi vos points faibles, à faire votre autocritique, mais aussi et surtout profil bas. Comme si ce jury allait vous écouter alors qu’il a déjà décidé de votre sort ! Ou alors vous subirez la double peine. Le licenciement certes, mais aussi l’humiliation de ne pas avoir pu vous défendre. Certes, tous les stagiaires convoqués à cet EQP ne seront pas licenciés. Il faut bien soigner les statistiques, et respecter certains quotas en noyant dans la masse les stagiaires que l’on mène à l’abattoir. Mais si vos rapports sont à charge, surtout s’ils sont truffés de contre-vérités et de dénigrements de votre personnalité, c’est qu’ils se préparent déjà à vous licencier mais aussi à blinder le dossier, à vous couper les ailes pour que vous ne puissiez pas contester.

Dans la réalité et dans ce dernier cas, L’EQP s’apparente à un rendez-vous de chasseurs prêts à tirer à vue. D’abord c’est la battue, la convocation à l’entretien, et là bien embusqués, ils vous attendent au tournant. Vous, vous y allez, sans vous douter de rien – quoique… certains stagiaires ont le nez creux, ils ne s’y rendent même pas ; d’autres préfèrent démissionner avant d’en arriver là. Donc, vous y allez, pas si confiant que cela, mais vous avez préparé votre entretien, et vous pensez qu’on va vous écouter. En fait, vous vous retrouvez enfermé dans une salle exiguë à huit (cinq au moins) contre un et bien sûr vous ne pouvez ni vous faire accompagner, ni vous échapper ; autant dire qu’ils ne peuvent pas vous rater. Le lâcher de pigeons, ce n’est pas pour vous faire voyager, non. Ne vous fiez pas à son nom, « examen de qualification professionnelle », n’attendez aucune question sensée, ni sur la pédagogie, ni sur la didactique, ni sur votre travail, ni sur la matière enseignée, cela n’a rien à voir avec les épreuves du Capes ni votre façon d’enseigner – vous pouvez même vous retrouver nez à nez avec votre IPR, oui, oui, le/la même qui est venu(e) vous voir pour décider de votre validation ou de votre passage en commission – et vous devrez essuyer des salves calomnieuses, des propos blessants qui pourront vous laisser au tapis.

Dans l’avant-dernier chapitre de mon livre, j’ai raconté cet EQP sous forme de farce – et pourtant je n’ai même pas eu à forcer le trait. D’autres témoignages existent sur les conditions d’entrée ou plutôt de sortie du métier, les méthodes pratiquées. Lisez-les si vous voulez vous faire une idée. C’est édifiant !

Une école peut en cacher une autre

Harcèlement, violence morale et physique, mal-être d’une jeunesse, des adultes dépassés, une institution inhumaine pour laquelle la fin justifie les moyens, et qui préfère se voiler la face ou même jeter de l’huile sur le feu plutôt que de résoudre les problèmes et de faire face à ses responsabilités, voilà quelques thèmes explorés dans la saison 2 d’une excellente série, American crime, diffusée en France entre janvier et mars de cette année.

Certes, l’action se passe aux États-Unis, mais ce qui est dénoncé dans cette série – qu’il s’agisse de violence, d’homophobie, de racisme, ou encore d’une institution scolaire, uniquement préoccupée de son image, de son intérêt et du pouvoir de quelques-uns, prompt également à trouver des boucs-émissaires – pourrait l’être également en France et entre les murs de l’Éducation nationale.

Eh oui, une école peut en cacher une autre.

De quoi s’agit-il exactement ?

Faire taire la victime

L’histoire commence par la photo d’un lycéen, Taylor, prise pendant une fête, où on le voit en slip, à moitié inconscient et qui circule sur les réseaux sociaux accompagnée de commentaires insultants, dénigrants. C’est le point de départ, malheureusement classique où la victime devient un problème, surtout lorsque cette dernière ne fait pas partie du cercle influent des familles les plus riches qui aident au financement de l’établissement ; dans tous les cas, fait partie des plus faibles dont on peut se débarrasser facilement, – le croit-on – sans vague ni même remous.

Dans la diffusion de cette photo et des commentaires l’accompagnant, il y a là une atteinte à l’image, à la dignité, un harcèlement larvé, une violence psychologique qui prend peu à peu de l’ampleur, au sein de l’école et sur les réseaux sociaux. Or, comment réagit l’institution scolaire ? Plutôt que de chercher les responsables et de les sanctionner, plutôt que d’aider l’élève humilié, la directrice va renvoyer Taylor arguant que se retrouver pris en photo (contre son gré) et dans une posture humiliante ne sied pas au comportement normal d’un élève et que la photo diffusée, là encore contre son gré, nuit à l’image de son lycée.

Merveilleuse rhétorique que l’on trouve parfois et trop souvent à l’œuvre au sein de l’EN lorsqu’une hiérarchie fait l’autruche et préfère demander à l’élève harcelé de s’inscrire dans un autre établissement, ou encore lorsqu’elle traite un de ses membres éducatifs comme un fauteur de troubles, un abominable contestateur s’il en vient à relater le harcèlement dont il est victime ou dont il est témoin et essaie de s’en débarrasser.

Étouffer l’affaire

Mais les choses ne vont pas s’arrêter là. La mère de Taylor prend rendez-vous avec la directrice et lui demande de l’aide et des sanctions adaptées car – même si son fils refuse de lui parler, et cela peut se comprendre, de ce qui lui est arrivé – elle pense qu’il a été drogué durant cette fête puis violé. On est là bien sûr devant un cas qui aurait immédiatement dû être porté à la connaissance de la police. Mais non, là encore pour cette directrice et l’institution qu’elle représente, il faut se protéger à n’importe quel prix : protéger la réputation de son établissement et par là même protéger sa carrière.

Dans la réponse, ou plutôt la non-réponse apportée, ce qui frappe c’est la froideur, l’absence d’empathie, et enfin la perversité, à travers une stratégie mise en place pour étouffer l’affaire et toute velléité de plainte. Devant cette absence d’écoute, de réponse, l’engrenage va se mettre en place : la mère de Taylor finira par porter plainte, des dossiers sur sa vie seront alors déterrés pour salir sa personnalité, la faire passer pour folle en tout cas très instable, donc peu digne de foi ; Taylor lui-même sera accusé d’avoir eu des rapports sexuels consentis, et si ces rapports ont été violents, c’est que lui-même a des penchants masochistes… A la fin de la série, des vies sont détruites, au propre comme au figuré, peu de personnages en sortent indemnes…

D’un crime à l’autre, d’une école à l’autre

Et l’institution ? Oh, ses murs sont solides, elle s’en remettra, ne vous en faites pas.

J’ai regardé la série au moment où je terminais l’écriture de mon livre, Une saison dans l’enfer des profs. Et j’ai retrouvé, dans les méthodes utilisées, cette lâcheté, cette violence, cette mécanique perverse qui se met en branle dès que l’institution et surtout certains de ses membres se sentent menacés, dans leur petit pouvoir, leur carrière dérisoire.

Sur le site brain damaged, l’auteur de l’article préconise de diffuser la série « dans les écoles tellement elle est importante et parle de sujets difficiles auxquels la jeunesse est malheureusement confrontée ». Je suis d’accord, mais cela me semble peu probable. Pour cela il faudrait déjà que cette institution accepte de se regarder dans ce miroir peu complaisant, pour prendre en compte la réalité, bien loin des discours de façade et trop souvent biaisés auxquels elle est rompue. En un mot qu’elle accepte de grandir et d’être responsable.

Quel(le) stagiaire de l’Éducation nationale êtes-vous ?

Petit quizz à l’attention des nouveaux fonctionnaires stagiaires

Je sais, il est un peu tard, pour publier ce quizz, car les dés sont jetés – ou presque – à cette période de l’année, l’inspection de validation a sans doute déjà eu lieu, les portes de l’Espé bientôt vont se refermer, vos évaluateurs savent déjà s’ils auront votre peau ou si vous y finirez votre vie. Mais comme l’Éducation nationale n’est pas vraiment pressée de se réformer et préfère mariner dans son jus, gageons que ce petit quizz à l’attention des stagiaires 2016, pourra encore être d’actualité dans de nombreuses années.

Q1 : vous avez réussi votre concours, vous êtes fonctionnaire stagiaire :

  1. Vous pensez que les choses ne font que commencer et que vous êtes là pour apprendre et ne pas discuter.
  2. Vous pensez avoir franchi une étape essentielle, même si tout n’est pas joué et qu’il faut encore réussir une année bien compliquée.
  3. Vous pensez que le plus dur est derrière vous et que vous avez gagné le droit à être considéré(e) comme un(e) enseignant(e), même débutant(e).

Q2 : La rentrée a commencé, et vous avez été présenté(e) à votre tuteur/tutrice :

  1. Vous avez conscience que votre tuteur/tutrice quelle que soit sa personnalité va vous évaluer et vous avez intérêt à filer doux pour être titularisé(e).
  2. Vous pensez qu’il est utile d’avoir quelqu’un sur le terrain à vos côtés, mais vous restez méfiant(e), après tout vous ne savez pas comment votre relation peut évoluer.
  3. Vous êtes content(e) d’avoir un(e) tuteur/tutrice que vous considérez avant tout comme quelqu’un qui doit vous accompagner et un(e) collègue avec qui vous souhaitez travailler.

Q3 : les syndicats vous font du pied pour que vous vous inscriviez

  1. Vos inspecteurs vous ont rappelé qu’il fallait se méfier des syndicats. Vous vous abstenez.
  2. Vous pesez le pour et le contre. Vous n’adhérez pas, mais vous vous gardez la possibilité de faire appel à un syndicat si les choses tournaient mal.
  3. Vous vous syndiquez car c’est un droit et vous avez l’intention de le faire valoir.

Q4 : la formation que l’on vous propose ne répond pas à vos attentes

  1. Vous ne faites pas de zèle, le minimum requis, mais vous assurez à vos formateurs/formatrices qu’ils sont les personnes les plus douées du monde éducatif et que c’est fou comme vous apprenez à leurs côtés.
  2. Vous faites le travail demandé, mais vous vous abstenez de discuter et surtout de formuler la moindre remarque.
  3. Vous êtes assidu, vous intervenez en cours, posez des questions, car vous pensez que cette formation doit être utile et que c’est à vous aussi de la faire évoluer.

Q5 : Votre tuteur/tutrice intervient de façon intempestive lorsqu’il/elle vient vous observer et vous fait des reproches devant vos élèves.

  1. Vous faites le dos rond, le/la remerciez pour tout le mal qu’il/elle se donne pour vous, l’assurez que vous êtes conscient(e) de vos difficultés et que allez tout faire pour y remédier et vous améliorer.
  2. Vous pensez qu’il est malvenu d’intervenir ainsi et de vous rabaisser devant vos élèves, mais vous ne dites rien, car vous craignez les représailles.
  3. Vous dites avec plus ou moins de diplomatie à votre tuteur/tutrice de s’abstenir à l’avenir d’intervenir et d’attendre la fin de votre cours pour vous faire part de ses remarques.

Q6 : votre inspecteur/inspectrice vient vous voir et vous fait des reproches/remarques très acerbes et infondés.

  1. Vous acquiescez, et vous prenez en note tout ce qu’on vous dit
  2. Vous vous montrez enclin à progresser, mais vous justifiez vos choix pédagogiques
  3. Vous montrez le travail que vous avez effectué et, arguments à l’appui, vous ne vous en laissez pas conter.

Q7 : Vous découvrez le rapport de votre tuteur/tutrice. Celui-ci est négatif et mensonger

  1. Vous pleurez et laissez couler
  2. Vous en discutez avec votre tuteur/tutrice et si il/elle refuse la discussion, vous laissez tomber
  3. Vous ne discutez pas avec votre tuteur/tutrice, vous savez déjà que c’est inutile et vous vous renseignez sur la façon de le contester

Q8 : Un(e) élève se montre insolent(e) ou pourrit régulièrement votre cours

  1. Vous faites profil bas et n’en référez à personne
  2. Vous en discutez avec le ou la prof principal(e) et des collègues et suivez leurs conseils
  3. Vous en référez à votre hiérarchie et demandez que des mesures soient prises

Q9 : Vous êtes victime de harcèlement

  1. Vous ne dites rien, vous prenez sur vous et vous rasez les murs
  2. Vous vous mettez en arrêt maladie pour vous refaire une santé et faire retomber la pression
  3. Vous en référez à votre chef d’établissement ou inspecteur/inspectrice pour faire cesser ces agissements

Q10 : Vous êtes convoqué(e) devant le jury de l’EQP sur la foi de rapports uniquement à charge

  1. Vous y allez, prêt(e) à faire votre mea culpa, à les supplier même s’il le faut pour qu’on vous accorde une 2e chance
  2. Vous ne contestez rien et montrez que vous êtes conscient(e) des difficultés, mais vous mettez aussi en avant sur votre travail et votre bonne volonté.
  3. Vous y allez pour vous faire entendre, contester les points mensongers, discuter de ce que vous avez déjà accompli et de ce qui reste à faire pour vous améliorer.

 

  • Si vous avez un maximum de (1), vous êtes le/la stagiaire idéal(e) pour l’Éducation nationale ; vous savez prendre les coups même les plus bas, vous n’êtes pas du genre à faire des vagues, vous n’avez qu’un seul objectif : être titularisé(e), ou au pire renouvelé(e) et vous êtes prêt(e) à faire tous les sacrifices pour y arriver. Faites attention quand même à ne pas mettre en péril votre santé et prenez un peu de distance.
  • Si vous avez un maximum de (2), vous êtes lucide et conscient(e) des obstacles mais aussi des enjeux. Si vous menez bien votre barque, réussissez à trouver un équilibre entre faux-semblants et vos principes que vous ne voulez pas renier, vous pourrez être titularisé(e) ou au pire renouvelé(e) sans y laisser trop de plumes.
  • Si vous avez un maximum de (3) : vous êtes le/la stagiaire à abattre, le licenciement vous pend au nez. Ou vous êtes kamikaze, mais il existe peut-être des moyens moins douloureux pour mettre fin à une carrière. Ou vous êtes tout à fait inconscient(e) du guêpier dans lequel vous vous êtes fourré(e), et là la chute risque d’être rude. Ou vous êtes tout à fait conscient(e) des risques encourus, mais vous n’avez pas l’intention de piétiner vos principes, et vous savez lutter : alors, n’hésitez plus, foncez, et faites-vous plaisir.

Avertissement : Ces résultats n’offrent aucune garantie et ne peuvent en aucun cas se substituer à l’évaluation de votre pratique motivée, dans la majorité des cas, par l’arbitraire. Ils ne prennent pas en compte les handicaps suivants ou considérés comme tels par vos évaluateurs : votre âge, un Master autre que Meef, une expérience comme contractuel(le) et/ou dans le secteur privé…, ni même l’environnement toxique et/ou difficile dans lequel vous évoluez.