Elle est née la divine comédie…

Une saison dans l'enfer des profs.inddElle est née la divine comédie… Jouez hautbois, résonnez musettes ! Chantons tous son avènement ! Allons, n’exagérons rien, mais je suis vraiment heureuse d’avoir mon livre entre les mains, de le voir tout beau, fraîchement sorti des presses.

Cette saison dans l’enfer des profs se clôt sur une naissance : 300 g de papier pour une année bien amère ; 533 paragraphes pour dénoncer des méthodes inacceptables mais aussi nuisibles, pour les enseignants comme pour les élèves ; 6212 lignes pour retracer mon parcours en tant que fonctionnaire stagiaire après l’obtention d’un Capes de Lettres ; 53872 mots pour le dire, dire l’acharnement mais aussi le ridicule de tous ceux qui ne savent que dévaluer, éliminer, qu’ils soient tuteur, formateur, inspecteur, chef d’établissement… ; 352589 caractères pour dresser le portrait de personnages, dignes d’une farce, qui pourraient figurer au panthéon de la bêtise humaine ; 240 pages pour démonter certains rouages pervers de la machine Éducation.

Cette saison se clôt sur une naissance, peut-être une renaissance, l’avenir me le dira, mais une délivrance en tout cas. Car l’écriture m’a permis de me libérer de cette honte, cette culpabilité que l’on veut vous faire ressentir parce que vous êtes licenciée. Licenciée ? de l’Éducation nationale ? Mais quelle faute inavouable cette stagiaire a-t-elle bien pu commettre car, enfin, l’Institution doit avoir de bonnes raisons ? On ne licencie pas comme cela. Eh bien si, il suffit de ne pas valider votre stage. Quant aux méthodes employées, je les traite dans mon roman et j’aurai l’occasion d’y revenir sur ce blog.

10 juillet 2015, l’annonce de mon prochain licenciement – il ne sera réellement arrêté qu’en octobre – c’est là où tout a vraiment commencé. Avant cette date fatidique l’idée d’écrire ce livre avait germé, j’en avais déjà choisi la trame, celle de La Divine Comédie qui m’a servi de fil rouge, un fil que j’ai suivi pour sortir de cet enfer, me reconstruire, et comprendre ce qui m’était arrivé. Comprendre ce licenciement injuste et brutal, sans bien sûr l’accepter, à travers les méthodes et les ficelles juridiques, administratives utilisées pour justifier l’injustifiable : arbitraire, acharnement, dénigrement systématique… la fin justifie les moyens. Des moyens inhumains qui vous laissent confus, blessé, humilié, honteux, impuissant. Et face à vous une Institution qui veut surtout rester impunie.

L’écriture m’a permis de sortir de cette confusion, d’avoir de nouveau les idées claires, de panser mes blessures par l’ironie et la distance qu’elle permet, de relever la tête, de reprendre un droit que l’on m’avait confisqué, celui de faire entendre ma voix et, même si celle-ci reste à l’état de chuchotement, elle aura au moins le mérite d’avoir existé.

6 pensées sur “Elle est née la divine comédie…”

    1. Merci Julie pour votre message. Oui ça a été dur à vivre. Un licenciement ce n’est jamais anodin, surtout lorsque vous ne le comprenez pas, que vous avez travaillé pour réussir ce concours et préparer au mieux vos cours pour vos élèves. Heureusement, j’ai été soutenue par mes amis, ma famille et j’espère avoir quelques ressources pour pouvoir rebondir. Mais cet acharnement à mettre quelqu’un plus bas que terre, tout cela pour justifier un licenciement injustifiable, à lui dénier toute compétence (jusqu’à la maîtrise de la langue française), à utiliser des jugements de valeur dénigrants, tout cela est très difficile à accepter. Et je ne l’accepterai jamais, et personne ne devrait l’accepter. Ce qui ne veut pas dire que je n’irai pas de l’avant, mais il faut en effet dévoiler pour mieux la dénoncer cette face cachée de l’éducation qui ne devrait pas exister. En tout cas merci pour vos encouragements.

  1. Un livre captivant, surtout lorsque l’on connaît le milieu de l’« EducNat » ! Constat affligeant : la façon de traiter les candidats au CAPES de 2014 est un copié-collé de celui de 1974 que j’ai personnellement vécu.
    Les « petits arrangements entre amis » du Rectorat fictif ? ne surprendront pas non plus les habitués ! Le personnage principal, Iris, incarne tous les enseignants victimes de certains bureaucrates malsains réglant leurs problèmes personnels en tentant des mises sous tutelle. De tels fonctionnements ne pourraient avoir cours dans les pays où l’on a le souci de l’enfant et de son « droit à apprendre », car la liberté d’innover et d’expérimenter au sein d’équipes de professionnels, est alors fondamentale et repose sur la confiance. Le harcèlement moral subi par l’héroïne réveillera chez certains lecteurs et lectrices des douleurs enfouies. La « Divine comédie » de Dante amplifie le tragique et offre des paliers de réflexion mais ici pas d’ « effet de distanciation » pas d’autre issue possible, seule une fin inexorable.

    1. Je suis tout à fait d’accord. La confiance est essentielle, et c’est consternant en effet de voir que les choses n’évoluent pas et ce, en dépit de nombreuses études qui ont été effectuées. L’une d’entre elles, dont le café pédagogique s’est fait l’écho en avril 2015, relevait que « Le sentiment d’efficacité personnelle des enseignants – leur confiance en leur capacité d’enseigner, d’intéresser les élèves et de gérer une classe – influe sur le rendement scolaire et la motivation des élèves, ainsi que sur les propres pratiques des enseignants, leur enthousiasme, leur engagement, leur satisfaction professionnelle et leur comportement en classe ». Or cette étude effectuée par Andreas Schleicher, directeur de l’éducation à l’OCDE, visait tout particulièrement les enseignants français qui montrent un grand déficit de confiance.
      Ce que j’ai pu remarquer lors de mon année de stage c’est tout l’inverse de ce qui peut être préconisé. On est mis sous tutelle, on nous demande de nous taire et d’obéir à des injonctions souvent absurdes et contradictoires. Ma tutrice établissement m’avait d’ailleurs reproché d’avoir « trop » confiance en moi. Or, qui dit confiance en soi, dit esprit critique, dit liberté, liberté d’innover, liberté de choisir ce qui nous semble le plus approprié pour faire réussir nos élèves. Et bien sûr cette confiance est insupportable aux yeux de vos curateurs, uniquement préoccupés de jouir de leur petit pouvoir, qui vont entreprendre leur travail de sape dégénérant parfois en harcèlement. Confiance, liberté, souci de l’humain… ce n’est peut-être pas la panacée, mais ce serait déjà un excellent début.

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