Pourquoi Agate sans h ?

 

oeil 5Agate comme la pierre, pour un livre au style parfois lapidaire et une stagiaire lapidée ? Iris Agate, le mariage de la fleur et de la pierre ? Ou bien Agate, comme la bille en forme d’œil, et Iris qui en est la partie colorée. Cette symbolique de l’œil est intéressante surtout lorsqu’on l’applique au nom de mon héroïne et à mon nom de plume, Iris Agate, qui est l’anagramme de stagiaire.

oeil 4Car lorsque vous avez réussi votre concours, vous n’êtes pas enseignant, vous êtes stagiaire. Et que recouvre ce nom ? Un non-statut, un no man’s land, une zone de non-droit dans laquelle peut sévir une gent peu fréquentable tout juste occupée à abuser de son pouvoir, une identité confisquée au même titre que des droits. Que s’agit-il vraiment lors de cette année de stage ? D’observations et d’évaluations ni plus ni moins. Bien sûr, certains penseront que ces observations sont profitables, qu’il s’agit d’aider le stagiaire à améliorer sa pratique, à entrer dans le métier d’enseignant. Je le pensais aussi. Mais la réalité est tout autre.

oeil 3Le stagiaire est observé, scruté, épié par de multiples regards qui vont lui renvoyer une image parfois déformée, négative, une multiplicité d’images même que le stagiaire aura du mal à faire coïncider pour comprendre ce que l’on attend de lui mais aussi parvenir à cette image d’enseignant et être validé et titularisé. Le stagiaire n’est qu’un reflet qui ne doit surtout pas réfléchir par lui-même mais réfléchir le monde, les pensées, les points de vue de ceux qui réfléchissent à sa place. Être observé et se taire, voilà ce que l’on attend du stagiaire.

oeil 1oeil 2Regards croisés, convergents, divergents, contradictoires et souvent malveillants… c’est ce à quoi vous pourrez, en tant que stagiaire, être confronté.

C’est ce à quoi j’ai été confrontée : des regards floutés, biaisés, de travers, en coin, des jugements de valeur dénigrants sur ma personnalité et non sur ma pratique, pour une image en miettes. J’ai été dès le départ condamnée, enseignante mort-née avant d’avoir vécu ; qu’importe ma pratique, mon travail, j’étais jugée sur des préjugés, des ressentis. A l’instar de Smourov, dans Le Guetteur de Nabokov, plongé « au sein d’un enfer de miroirs dont il ne sortira qu’au moment où deux images pourront enfin coïncider », j’ai pu reconstituer une image, sortir de cet enfer, jouer avec les lettres et les mots et redonner au stagiaire une identité, Iris Agate et, pour mieux l’exprimer, deux yeux, un regard singulier, un point de vue, pour enfin réfléchir, à travers un roman et un nom de plume, les méthodes de ces observateurs/évaluateurs, cette « gent cruelle des assis ».

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