Souriez, vous êtes évalués ! Le stagiaire, un malade imaginaire (acte II)

Comédie en 3 actes

  • Acte II : Péroraison
  • Une fois que les Purgons de l’éducation ont décrété que le stagiaire était malade, le diagnostic est vite fait. De toute façon, les docteurs ès éducation ont une maladie prête à l’emploi : gestion de classe. Et ce qu’il y a de bien avec cette maladie c’est qu’elle est très extensible, c’est le mot fourre-tout par excellence, elle peut faire plein de métastases et devenir ainsi très vite incurable. Mais ne vous inquiétez pas, même s’ils n’arrivent pas à vous guérir, les Purgons de l’éducation vont bien vous soigner.

Stagiaire, tutrice Purgon, formatrice Purgon, inspectrice Purgon, CDE Purgon.

Inspectrice Purgon.- Alors de quoi êtes-vous malade ?

Stagiaire.- Je ne saurai vous dire, c’est que je ne souffre pas vraiment.

Formatrice Purgon.- Vous n’êtes qu’un ignorant, vous souffrez de gestion de classe.

Stagiaire.- De gestion de classe ?

Tutrice Purgon.- Oui. Etes-vous parfois obligé d’élever la voix ?

Stagiaire.- Parfois, oui, surtout le vendredi de 16h à 17h, les élèves peuvent montrer des signes de fatigue et être plus agités.

Tutrice Purgon.- C’est un manque de confiance indéniable. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais ils savent aussi se montrer attentifs et travailler en silence.

Inspectrice Purgon.- Justement c’est qu’ils s’ennuient et qu’ils ne travaillent pas assez en groupe. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais je les ai fait travailler en groupe.

CDE Purgon.- Est-ce qu’ils bavardaient ?

Stagiaire. – Ils ne bavardaient pas, ils discutaient entre eux.

Tutrice Purgon. – C’est la même chose. Cela devait être trop bruyant. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais ils ont réussi à produire une nouvelle fantastique très bien écrite. Et l’activité leur a plu.

Formatrice Purgon.- Ils ne sont pas là pour se faire plaisir. Gestion de classe. Est-ce que les classeurs sont bien tenus ?

Stagiaire.- Certains classeurs oui, d’autres non.

Inspectrice Purgon.- Ils doivent tous être parfaitement tenus. Gestion de classe. Et vos élèves participent-ils ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

CDE Purgon.- Mais vous n’interrogez pas tous les élèves. Gestion de classe. Est-ce que vous écrivez au tableau ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Tutrice Purgon.- Mais vous écrivez trop ou pas assez. Gestion de classe. Est-ce que vous prévoyez des aides pour les élèves en difficulté ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Formatrice Purgon.- Mais toutes ces aides retardent leur mise en activité. Gestion de classe. Est-ce que vos élèves vous posent des questions ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Formatrice Purgon.- Il s’agit là d’une stratégie dilatoire, il ne faut pas trop expliquer. Gestion de classe.

Tutrice Purgon. – C’est qu’ils n’ont pas bien compris, vous ne donnez pas des objectifs assez clairs. Gestion de classe.

CDE Purgon. – C’est que vous n’affirmez pas suffisamment votre autorité. Gestion de classe.

Inspectrice Purgon. – C’est qu’ils ne vous font pas confiance. Gestion de classe.

Tous les Purgons en chœur. – Gestion de classe, gestion de classe, vous dis-je.

Tutrice Purgon.- Comment diantre faites-vous avec ces deux jambes-là ?

Stagiaire.- Comment ?

Tutrice purgon.- Je m’en ferais greffer deux autres, si j’étais vous. Cela vous permettrait d’adopter la bonne posture et de mieux circuler dans les rangs.

CDE Purgon. – Vous avez là aussi deux yeux qui ne fonctionnent pas bien. Je m’en ferais greffer deux nouvelles paires, l’une sur le visage et l’autre derrière la tête, si j’étais à votre place.

Stagiaire.- Greffer deux paires d’yeux ?

CDE Purgon.- Ne voyez-vous pas qu’ils vous permettraient de surveiller vos élèves pendant que vous écrivez au tableau, d’appréhender d’un seul regard les quatre rangées et de tous les interroger lorsque vous leur faites face ?

Stagiaire.- Cela n’est pas pressé.

Formatrice Purgon.- Que faites-vous de ce cerveau ?

Stagiaire.- Je m’en sers, entre autres, pour penser et préparer mes séquences.

Formatrice Purgon. – Ignorant. Vous n’êtes pas là pour penser mais pour appliquer les conseils que l’on vous donne.

Inspectrice Purgon. –  Ce cerveau-là ne me semble pas sain. Nous allons le curer de fond en comble, enlever toutes les saletés qui vous encombrent l’esprit et mettre à la place tous les savoirs dont vous avez besoin.

Stagiaire.- Me greffer deux jambes, deux paires d’yeux, et me faire lobotomiser pour être titularisé ? Je préfère rester comme je suis. La belle opération, de me faire ressembler à un poulpe araignée décervelé.

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