Une saison dans l’enfer des profs… par Exogène

Je vous livre ici la chronique d’Exogène sur mon ouvrage. Vous pouvez la retrouver ainsi que d’autres chroniques du même auteur sur le site d’information en ligne Seizh 7.

Une saison dans l'enfer des profs.inddLa Divine Comédie, tel est le sous-titre de cette auto-fiction écrite sous le mystérieux pseudonyme d’Iris Agate, pseudo qui semble bien être l’anagramme de stagiaire… Nous le savons tous, l’éducation nationale est une institution que le monde libre nous envie, surtout depuis que son dernier concurrent sérieux, l’armée rouge, a disparu.
Iris Agate l’a cru aussi. Editrice, elle a tenté et réussi brillamment le Capes de lettres, ce concours de la fonction publique qui permet d’enseigner dans les collèges et les lycées. Un peu naïve, elle a cru aux valeurs de la République, n’y a-t-il pas une épreuve de ce concours qui porte le doux nom de Agir en fonctionnaire de l’état, de façon éthique et responsable ? Ça fait rêver non ? Bienvenue au 21e siècle !
Bref, Iris a vécu en immersion le quotidien des jeunes enseignants qui viennent d’obtenir le précieux sésame. Et elle a découvert deux principes. Pour réussir, il faut être gris, tout gris, ne pas faire de vagues, ne pas se faire remarquer, dire bonjour à la dame, être poli avec la hiérarchie et surtout ne pas remarquer les incohérences, la nullité de l’enseignement dispensé pendant une année de stage à l’issue de laquelle les lauréats du concours seront ainsi titularisés, on devrait dire confirmés, au sens religieux du terme.
Deuxième principe, le principe d’inhumanité. Un rapport récent du Bureau International du Travail soulignait que les enseignants en France représentent un prolétariat déconsidéré à la fois par sa hiérarchie mais aussi par le principal syndicat d’enseignants, le SNES qui trop occupé à gérer ses très chers permanents, pour toute réponse, conseillera à Iris à l’issue de son licenciement de repasser le concours dans une autre académie. Ça, c’est ce qu’on peut appeler du syndicalisme de combat !
Comme beaucoup d’entre vous, je croyais qu’il fallait tuer quelqu’un pour perdre le statut de fonctionnaire. Que nenni. Quand vous passez un concours, le précieux sésame, vous ne l’avez pas. Vous l’aurez, si tout se passe bien, à l’issue d’une année de « stage » que d’aucuns pourront qualifier de mise en examen.
Car, oui, Iris s’est fait virer, comme une malpropre, au prétexte qu’elle ne « maîtrisait pas le français ». Ironie de l’histoire, ceux qui liront son roman pourront juger de la qualité de son style. La réalité, confirmée par de nombreux témoignages un peu partout en France, c’est que l’éducation nationale se débarrasse de tous ceux qui, avant de passer le concours, ont eu une expérience de vie, particulièrement, quelle horreur, dans le secteur privé. Dans le meilleur des mondes, il ne faut pas sortir du rang. Ne pas avoir eu vent de la vie réelle et surtout penser que l’école privée, c’est l’école des riches, le mal absolu. Et tant pis si une étude de 2016, conduite par un chercheur de l’Edhec, montre que les collèges privés sont surreprésentés parmi les établissements les plus mélangés socialement…
Coûte que coûte, il faut en rester au modèle de l’école de Jules Ferry, celle qui uniformise au nom de l’égalité. L’école de la République, qu’elle soit de droite ou de gauche partage les même valeurs : celles de la colonisation des esprits.
Mais revenons à la littérature. Car ce livre est une réponse littéraire faite à une injustice. Un roman au milieu d’une multitude d’essais au titre évocateur : La stagiaire et le mammouth, Ces profs qu’on assassine, L’école de la lâcheté, etc. Car comme le souligne une critique parue dans un quotidien breton, « le style caustique apporte beaucoup de légèreté à l’ouvrage », l’auteur comparant par exemple les figures de style (oxymores, chiasmes, hypotyposes…) à des noms de médicaments censés protéger des maladies intellectuellement transmissibles…
Enfin, au récit de ses aventures, l’auteure ajoute un deuxième récit qui, à la façon de Dante, lui permet de raconter sa propre descente aux enfers. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, à l’issue de la lecture du roman d’Iris Agate, courez acheter « l’Enfer » de Dante, l’ouvrage fondateur de l’unité italienne écrit en… Toscan.
Mais sachons relativiser. Tout ce que raconte Iris Agate se passe dans l’éducation nationale. Qu’on se rassure, ce n’est pas dans les écoles bilingues de Bretagne que cela pourrait arriver. Dans ces écoles, on n’y cultive pas la pensée unique, on y a le plus profond respect et la plus profonde considération pour les enseignants. Et puis, ce n’est quand même la faute de l’Institution si par « manque de motivation des parents », les écoles Diwan de Pornic et Paris ont dû fermer !

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