Quel(le) stagiaire de l’Éducation nationale êtes-vous ?

Petit quizz à l’attention des nouveaux fonctionnaires stagiaires

Je sais, il est un peu tard, pour publier ce quizz, car les dés sont jetés – ou presque – à cette période de l’année, l’inspection de validation a sans doute déjà eu lieu, les portes de l’Espé bientôt vont se refermer, vos évaluateurs savent déjà s’ils auront votre peau ou si vous y finirez votre vie. Mais comme l’Éducation nationale n’est pas vraiment pressée de se réformer et préfère mariner dans son jus, gageons que ce petit quizz à l’attention des stagiaires 2016, pourra encore être d’actualité dans de nombreuses années.

Q1 : vous avez réussi votre concours, vous êtes fonctionnaire stagiaire :

  1. Vous pensez que les choses ne font que commencer et que vous êtes là pour apprendre et ne pas discuter.
  2. Vous pensez avoir franchi une étape essentielle, même si tout n’est pas joué et qu’il faut encore réussir une année bien compliquée.
  3. Vous pensez que le plus dur est derrière vous et que vous avez gagné le droit à être considéré(e) comme un(e) enseignant(e), même débutant(e).

Q2 : La rentrée a commencé, et vous avez été présenté(e) à votre tuteur/tutrice :

  1. Vous avez conscience que votre tuteur/tutrice quelle que soit sa personnalité va vous évaluer et vous avez intérêt à filer doux pour être titularisé(e).
  2. Vous pensez qu’il est utile d’avoir quelqu’un sur le terrain à vos côtés, mais vous restez méfiant(e), après tout vous ne savez pas comment votre relation peut évoluer.
  3. Vous êtes content(e) d’avoir un(e) tuteur/tutrice que vous considérez avant tout comme quelqu’un qui doit vous accompagner et un(e) collègue avec qui vous souhaitez travailler.

Q3 : les syndicats vous font du pied pour que vous vous inscriviez

  1. Vos inspecteurs vous ont rappelé qu’il fallait se méfier des syndicats. Vous vous abstenez.
  2. Vous pesez le pour et le contre. Vous n’adhérez pas, mais vous vous gardez la possibilité de faire appel à un syndicat si les choses tournaient mal.
  3. Vous vous syndiquez car c’est un droit et vous avez l’intention de le faire valoir.

Q4 : la formation que l’on vous propose ne répond pas à vos attentes

  1. Vous ne faites pas de zèle, le minimum requis, mais vous assurez à vos formateurs/formatrices qu’ils sont les personnes les plus douées du monde éducatif et que c’est fou comme vous apprenez à leurs côtés.
  2. Vous faites le travail demandé, mais vous vous abstenez de discuter et surtout de formuler la moindre remarque.
  3. Vous êtes assidu, vous intervenez en cours, posez des questions, car vous pensez que cette formation doit être utile et que c’est à vous aussi de la faire évoluer.

Q5 : Votre tuteur/tutrice intervient de façon intempestive lorsqu’il/elle vient vous observer et vous fait des reproches devant vos élèves.

  1. Vous faites le dos rond, le/la remerciez pour tout le mal qu’il/elle se donne pour vous, l’assurez que vous êtes conscient(e) de vos difficultés et que allez tout faire pour y remédier et vous améliorer.
  2. Vous pensez qu’il est malvenu d’intervenir ainsi et de vous rabaisser devant vos élèves, mais vous ne dites rien, car vous craignez les représailles.
  3. Vous dites avec plus ou moins de diplomatie à votre tuteur/tutrice de s’abstenir à l’avenir d’intervenir et d’attendre la fin de votre cours pour vous faire part de ses remarques.

Q6 : votre inspecteur/inspectrice vient vous voir et vous fait des reproches/remarques très acerbes et infondés.

  1. Vous acquiescez, et vous prenez en note tout ce qu’on vous dit
  2. Vous vous montrez enclin à progresser, mais vous justifiez vos choix pédagogiques
  3. Vous montrez le travail que vous avez effectué et, arguments à l’appui, vous ne vous en laissez pas conter.

Q7 : Vous découvrez le rapport de votre tuteur/tutrice. Celui-ci est négatif et mensonger

  1. Vous pleurez et laissez couler
  2. Vous en discutez avec votre tuteur/tutrice et si il/elle refuse la discussion, vous laissez tomber
  3. Vous ne discutez pas avec votre tuteur/tutrice, vous savez déjà que c’est inutile et vous vous renseignez sur la façon de le contester

Q8 : Un(e) élève se montre insolent(e) ou pourrit régulièrement votre cours

  1. Vous faites profil bas et n’en référez à personne
  2. Vous en discutez avec le ou la prof principal(e) et des collègues et suivez leurs conseils
  3. Vous en référez à votre hiérarchie et demandez que des mesures soient prises

Q9 : Vous êtes victime de harcèlement

  1. Vous ne dites rien, vous prenez sur vous et vous rasez les murs
  2. Vous vous mettez en arrêt maladie pour vous refaire une santé et faire retomber la pression
  3. Vous en référez à votre chef d’établissement ou inspecteur/inspectrice pour faire cesser ces agissements

Q10 : Vous êtes convoqué(e) devant le jury de l’EQP sur la foi de rapports uniquement à charge

  1. Vous y allez, prêt(e) à faire votre mea culpa, à les supplier même s’il le faut pour qu’on vous accorde une 2e chance
  2. Vous ne contestez rien et montrez que vous êtes conscient(e) des difficultés, mais vous mettez aussi en avant sur votre travail et votre bonne volonté.
  3. Vous y allez pour vous faire entendre, contester les points mensongers, discuter de ce que vous avez déjà accompli et de ce qui reste à faire pour vous améliorer.

 

  • Si vous avez un maximum de (1), vous êtes le/la stagiaire idéal(e) pour l’Éducation nationale ; vous savez prendre les coups même les plus bas, vous n’êtes pas du genre à faire des vagues, vous n’avez qu’un seul objectif : être titularisé(e), ou au pire renouvelé(e) et vous êtes prêt(e) à faire tous les sacrifices pour y arriver. Faites attention quand même à ne pas mettre en péril votre santé et prenez un peu de distance.
  • Si vous avez un maximum de (2), vous êtes lucide et conscient(e) des obstacles mais aussi des enjeux. Si vous menez bien votre barque, réussissez à trouver un équilibre entre faux-semblants et vos principes que vous ne voulez pas renier, vous pourrez être titularisé(e) ou au pire renouvelé(e) sans y laisser trop de plumes.
  • Si vous avez un maximum de (3) : vous êtes le/la stagiaire à abattre, le licenciement vous pend au nez. Ou vous êtes kamikaze, mais il existe peut-être des moyens moins douloureux pour mettre fin à une carrière. Ou vous êtes tout à fait inconscient(e) du guêpier dans lequel vous vous êtes fourré(e), et là la chute risque d’être rude. Ou vous êtes tout à fait conscient(e) des risques encourus, mais vous n’avez pas l’intention de piétiner vos principes, et vous savez lutter : alors, n’hésitez plus, foncez, et faites-vous plaisir.

Avertissement : Ces résultats n’offrent aucune garantie et ne peuvent en aucun cas se substituer à l’évaluation de votre pratique motivée, dans la majorité des cas, par l’arbitraire. Ils ne prennent pas en compte les handicaps suivants ou considérés comme tels par vos évaluateurs : votre âge, un Master autre que Meef, une expérience comme contractuel(le) et/ou dans le secteur privé…, ni même l’environnement toxique et/ou difficile dans lequel vous évoluez.

Souriez, vous êtes évalués ! Le stagiaire, un malade imaginaire (acte III)

Comédie en 3 actes

Acte III : Purgation

Petit résumé des scènes précédentes : Notre stagiaire de l’éducation nationale après avoir été diagnostiqué(e) en grande difficulté, après avoir été saigné(e), purgé(e) comme il se doit, par tutrice Purgon, formatrice Purgon, inspectrice Purgon et CDE Purgon, devant toutes leurs observations et injonctions absurdes se retrouve en fin d’année bien malade. Pour ne pas perdre le peu de bon sens qui lui reste, il/elle refuse donc le dernier lavement prescrit par sa tutrice.

Tutrice Purgon, CDE Purgon, Inspectrice Purgon, formatrice Purgon, stagiaire.

Tutrice PURGON.- Je viens d’apprendre de jolies nouvelles. Qu’on se moque ici de mes ordonnances, et qu’on a fait refus de prendre le lavement que j’avais prescrit.

Stagiaire.- C’est que je ne comprends pas trop son utilité …

CDE PURGON.- Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d’un stagiaire contre sa tutrice.

Tutrice PURGON.- Un clystère que j’avais pris plaisir à composer moi-même.

Stagiaire- Si vous pouviez juste m’expliquer…

Formatrice PURGON.- Inventé, et formé dans toutes les règles de l’art.

Inspectrice PURGON.- Et qui devait faire dans votre cerveau un effet merveilleux.

Tutrice PURGON.- Le refuser avec mépris !

CDE PURGON.- C’est une action exorbitante.

Inspectrice PURGON.- Un attentat énorme contre le rectorat et toute l’Institution.

Formatrice PURGON.- Un crime de lèse-Espé, qui ne se peut assez punir.

Tutrice PURGON.- Je vous déclare que je ne viendrai plus vous observer…

Formatrice PURGON.- Que je ne veux plus vous voir au sein de la formation…

Inspectrice PURGON.- Et que pour finir toute liaison avec vous, voilà les rapports négatifs que nous faisons sur votre compte.

Tutrice PURGON.- Mépriser mon clystère ?

Stagiaire.- Faites-le venir, je m’en vais le prendre.

Tutrice PURGON.- Je vous aurais tiré d’affaire avant qu’il fût peu.

CDE Purgon.- Il ne le mérite pas.

Inspectrice PURGON.- Il allait nettoyer votre esprit, et en évacuer entièrement les mauvaises habitudes.

Formatrice PURGON.- Et nous ne voulions plus qu’une douzaine de visites, pour laver le fond de votre cerveau.

CDE Purgon.- Il est indigne de vos soins.

Tutrice PURGON.- Mais puisque vous n’avez pas voulu guérir par mes mains…

Inspectrice PURGON.- Puisque vous vous êtes soustrait de l’obéissance que l’on doit au corps rectoral…

CDE Purgon.- Cela crie vengeance.

Formatrice PURGON.- Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux conseils que l’on vous donnait.

Stagiaire.- Hé point du tout.

Tutrice PURGON.- J’ai à vous dire que je vous laisse sans observation…

Inspectrice Purgon : à l’état déplorable de votre esprit…

Formatrice Purgon : aux mauvaises habitudes que vous avez prises.

CDE Purgon.- C’est fort bien fait.

Stagiaire.- Mon Dieu !

Tutrice PURGON.- Et je veux qu’avant la fin de l’année, vous deveniez dans un état incurable.

Stagiaire.- Ah ! miséricorde.

CDE PURGON.- Que vous tombiez dans l’aporie

Stagiaire.- CDE Purgon…

Formatrice PURGON.- De l’aporie à l’agnosie

Stagiaire.- Formatrice Purgon…

Inspectrice Purgon. – De l’agnosie à l’apraxie

Stagiaire.- Inspectrice Purgon…

Tutrice PURGON.- de l’apraxie à l’aphasie.

Stagiaire.- Tutrice Purgon…

En chœur tous les PURGONS.- Et de l’aphasie à la privation de tous vos moyens, jusqu’au licenciement où vous aura conduit votre comportement.

Vous l’aurez compris, il faut avaler jusqu’au bout tous les conseils aussi absurdes qu’abscons jusqu’à l’écœurement, si vous ne voulez pas voir se déchaîner contre vous les Purgons de l’éducation.

Mais pour ne pas désespérer les stagiaires et pour rester dans la comédie, voici une variante avec un stagiaire obéissant ou très résistant aux différents traitements et son dénouement heureux.

Acte 3 (variante) : Régurgitation

Ou selon la définition proposée par le Trésor de la Langue française : Retour du bol alimentaire de l’estomac dans la bouche, qui constitue une phase normale de la digestion chez les ruminants.

Tutrice Purgon.- mon stagiaire, vous avez pris tous mes clystères et adopté la bonne posture. Aussi, je suis bien aise de vous voir bientôt titulaire.

CDE Purgon.- Cela est vrai. Vous avez accepté tous nos traitements et nos lavements.

Stagiaire.- Est-ce que je suis assez compétent et n’ai-je pas encore quelques difficultés ?

Formatrice Purgon.- Quelques difficultés, mais grâce à notre formation, vous êtes assez savant et il y en a beaucoup parmi les titulaires, qui ne sont pas plus habiles que vous.

Stagiaire.- Je sais assez la discipline et comment l’enseigner ?

Tutrice Purgon.- En ayant la posture et la terminologie adéquates, vous apprendrez tout cela, et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

Stagiaire.- Quoi ? L’on sait discourir sur n’importe quoi quand on a cette formation et cette posture-là ?

Inspectrice Purgon.- Oui. L’on n’a qu’à parler ; et tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

Chœur de Purgons. – Vivat novus doctus, dictum ac factum, qui bene fecit scriptura reflexiva ac bene cogniciat terminologia fumosa qui n’habet nihilum secretum pro ipsum. – Vivat, vivat, vivat, vivat, cent fois vivat Novus titularius, qui tam bene ecoutat toti nos fumisteri atque avalat totas les couleuvras ac les lavementi acceptat !

Allez stagiaire, encore quelques petits lavements si vous voulez devenir titulaire !

Nota Bene : ne voyez aucune ironie ni double énonciation dans les discours de nos Purgons (même s’ils s’entendent tous très bien à manier le double langage).

Souriez, vous êtes évalués ! Le stagiaire, un malade imaginaire (acte II)

Comédie en 3 actes

  • Acte II : Péroraison
  • Une fois que les Purgons de l’éducation ont décrété que le stagiaire était malade, le diagnostic est vite fait. De toute façon, les docteurs ès éducation ont une maladie prête à l’emploi : gestion de classe. Et ce qu’il y a de bien avec cette maladie c’est qu’elle est très extensible, c’est le mot fourre-tout par excellence, elle peut faire plein de métastases et devenir ainsi très vite incurable. Mais ne vous inquiétez pas, même s’ils n’arrivent pas à vous guérir, les Purgons de l’éducation vont bien vous soigner.

Stagiaire, tutrice Purgon, formatrice Purgon, inspectrice Purgon, CDE Purgon.

Inspectrice Purgon.- Alors de quoi êtes-vous malade ?

Stagiaire.- Je ne saurai vous dire, c’est que je ne souffre pas vraiment.

Formatrice Purgon.- Vous n’êtes qu’un ignorant, vous souffrez de gestion de classe.

Stagiaire.- De gestion de classe ?

Tutrice Purgon.- Oui. Etes-vous parfois obligé d’élever la voix ?

Stagiaire.- Parfois, oui, surtout le vendredi de 16h à 17h, les élèves peuvent montrer des signes de fatigue et être plus agités.

Tutrice Purgon.- C’est un manque de confiance indéniable. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais ils savent aussi se montrer attentifs et travailler en silence.

Inspectrice Purgon.- Justement c’est qu’ils s’ennuient et qu’ils ne travaillent pas assez en groupe. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais je les ai fait travailler en groupe.

CDE Purgon.- Est-ce qu’ils bavardaient ?

Stagiaire. – Ils ne bavardaient pas, ils discutaient entre eux.

Tutrice Purgon. – C’est la même chose. Cela devait être trop bruyant. Gestion de classe.

Stagiaire.- Mais ils ont réussi à produire une nouvelle fantastique très bien écrite. Et l’activité leur a plu.

Formatrice Purgon.- Ils ne sont pas là pour se faire plaisir. Gestion de classe. Est-ce que les classeurs sont bien tenus ?

Stagiaire.- Certains classeurs oui, d’autres non.

Inspectrice Purgon.- Ils doivent tous être parfaitement tenus. Gestion de classe. Et vos élèves participent-ils ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

CDE Purgon.- Mais vous n’interrogez pas tous les élèves. Gestion de classe. Est-ce que vous écrivez au tableau ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Tutrice Purgon.- Mais vous écrivez trop ou pas assez. Gestion de classe. Est-ce que vous prévoyez des aides pour les élèves en difficulté ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Formatrice Purgon.- Mais toutes ces aides retardent leur mise en activité. Gestion de classe. Est-ce que vos élèves vous posent des questions ?

Stagiaire.- Oui, Madame.

Formatrice Purgon.- Il s’agit là d’une stratégie dilatoire, il ne faut pas trop expliquer. Gestion de classe.

Tutrice Purgon. – C’est qu’ils n’ont pas bien compris, vous ne donnez pas des objectifs assez clairs. Gestion de classe.

CDE Purgon. – C’est que vous n’affirmez pas suffisamment votre autorité. Gestion de classe.

Inspectrice Purgon. – C’est qu’ils ne vous font pas confiance. Gestion de classe.

Tous les Purgons en chœur. – Gestion de classe, gestion de classe, vous dis-je.

Tutrice Purgon.- Comment diantre faites-vous avec ces deux jambes-là ?

Stagiaire.- Comment ?

Tutrice purgon.- Je m’en ferais greffer deux autres, si j’étais vous. Cela vous permettrait d’adopter la bonne posture et de mieux circuler dans les rangs.

CDE Purgon. – Vous avez là aussi deux yeux qui ne fonctionnent pas bien. Je m’en ferais greffer deux nouvelles paires, l’une sur le visage et l’autre derrière la tête, si j’étais à votre place.

Stagiaire.- Greffer deux paires d’yeux ?

CDE Purgon.- Ne voyez-vous pas qu’ils vous permettraient de surveiller vos élèves pendant que vous écrivez au tableau, d’appréhender d’un seul regard les quatre rangées et de tous les interroger lorsque vous leur faites face ?

Stagiaire.- Cela n’est pas pressé.

Formatrice Purgon.- Que faites-vous de ce cerveau ?

Stagiaire.- Je m’en sers, entre autres, pour penser et préparer mes séquences.

Formatrice Purgon. – Ignorant. Vous n’êtes pas là pour penser mais pour appliquer les conseils que l’on vous donne.

Inspectrice Purgon. –  Ce cerveau-là ne me semble pas sain. Nous allons le curer de fond en comble, enlever toutes les saletés qui vous encombrent l’esprit et mettre à la place tous les savoirs dont vous avez besoin.

Stagiaire.- Me greffer deux jambes, deux paires d’yeux, et me faire lobotomiser pour être titularisé ? Je préfère rester comme je suis. La belle opération, de me faire ressembler à un poulpe araignée décervelé.

Souriez, vous êtes évalués ! Le stagiaire, un malade imaginaire (acte I)

Comédie en 3 actes

Acte I : exposition

Le stagiaire est le plus souvent un malade imaginaire qui n’existe que dans la tête de ses évaluateurs. Pour ces derniers, tout stagiaire bien portant est un malade qui s’ignore. Il faut déjà vous faire à cette idée, vous avez des difficultés. Si, si, c’est un fait, un stagiaire est par nature malade et a des difficultés. Si on ne vous le dit pas au moins une fois durant votre année de stage, c’est que vous êtes un(e) sacré(e) veinard(e) – Vous êtes sûr(e) que vous êtes stagiaire de l’Éducation nationale ? Et si vous ne les reconnaissez pas, c’est que vous êtes dans le déni. Donc, vous avez des difficultés, d’abord parce que vous intégrez un corps bien malade, l’Éducation nationale, et que vous n’êtes pas à l’abri de tous les virus qui traînent, toutes les difficultés qui n’ont jamais été résolues et qu’on va vous coller sur le dos ; ensuite, parce que si vous n’avez pas de difficultés, on vous en créera. Qu’est-ce que vous croyez ? Il faut bien justifier la fonction et le salaire de tous nos bons docteurs ès éducation, les formateurs, les inspecteurs, et même ceux des tuteurs, infirmiers, urgentistes, selon les cas, parfois fossoyeurs, certains faisant tout pour vous enterrer. Car si vous n’êtes pas malade, à quoi ça sert d’avoir prévu autant de monde et autant d’argent pour vous soigner ? C’est que ça coûte cher une année de stage, votre inscription à l’Espé, votre parcours de formation, vos remboursements de déplacement, la prime de votre tuteur/tutrice et le salaire de vos inspecteurs. Il va bien falloir justifier tous ces frais et rentabiliser tout ce que vous coûtez à l’État. Car, oui, c’est comme ça, c’est vous qui coûtez du temps, de l’énergie, de l’argent et qui devrez rendre des comptes. Et si vous n’arrivez pas à vous soigner, vous pourrez le payer très cher.

Si, donc, vous avez le malheur, comme moi, de tomber sur des docteurs ès éducation et une tutrice façon Purgon, vous verrez vite qu’ils ne sont pas là pour accompagner un enseignant bien portant et qui a juste envie de le rester en bénéficiant d’une formation et de conseils pertinents. Non ils sont là pour vous ausculter, prendre le pouls, mesurer la tension, disséquer votre pratique, scanner votre cerveau, trouver ce dont vous pouvez bien souffrir et vous prescrire tout à un tas d’injonctions contradictoires ou de conseils ineptes qu’il vous faudra suivre et appliquer si vous ne voulez pas être accusé(e) d’être dans le déni et de refuser de vous former. Si vous résistez, vous serez diagnostiqué(e) en grandes difficultés et vous aurez à votre chevet tout un tas de Purgons qui feront passer un simple rhume pour une pneumopathie aiguë avec hospitalisation à la clé. Et là, tout le corps médical est sollicité. Toute la science ès éducation au service du stagiaire en difficultés. Et vous avez intérêt à avoir un moral d’acier et une santé de fer si vous ne voulez pas succomber à tous leurs mauvais traitements, à leurs lavements et leurs saignées.

Pourquoi Agate sans h ?

 

oeil 5Agate comme la pierre, pour un livre au style parfois lapidaire et une stagiaire lapidée ? Iris Agate, le mariage de la fleur et de la pierre ? Ou bien Agate, comme la bille en forme d’œil, et Iris qui en est la partie colorée. Cette symbolique de l’œil est intéressante surtout lorsqu’on l’applique au nom de mon héroïne et à mon nom de plume, Iris Agate, qui est l’anagramme de stagiaire.

oeil 4Car lorsque vous avez réussi votre concours, vous n’êtes pas enseignant, vous êtes stagiaire. Et que recouvre ce nom ? Un non-statut, un no man’s land, une zone de non-droit dans laquelle peut sévir une gent peu fréquentable tout juste occupée à abuser de son pouvoir, une identité confisquée au même titre que des droits. Que s’agit-il vraiment lors de cette année de stage ? D’observations et d’évaluations ni plus ni moins. Bien sûr, certains penseront que ces observations sont profitables, qu’il s’agit d’aider le stagiaire à améliorer sa pratique, à entrer dans le métier d’enseignant. Je le pensais aussi. Mais la réalité est tout autre.

oeil 3Le stagiaire est observé, scruté, épié par de multiples regards qui vont lui renvoyer une image parfois déformée, négative, une multiplicité d’images même que le stagiaire aura du mal à faire coïncider pour comprendre ce que l’on attend de lui mais aussi parvenir à cette image d’enseignant et être validé et titularisé. Le stagiaire n’est qu’un reflet qui ne doit surtout pas réfléchir par lui-même mais réfléchir le monde, les pensées, les points de vue de ceux qui réfléchissent à sa place. Être observé et se taire, voilà ce que l’on attend du stagiaire.

oeil 1oeil 2Regards croisés, convergents, divergents, contradictoires et souvent malveillants… c’est ce à quoi vous pourrez, en tant que stagiaire, être confronté.

C’est ce à quoi j’ai été confrontée : des regards floutés, biaisés, de travers, en coin, des jugements de valeur dénigrants sur ma personnalité et non sur ma pratique, pour une image en miettes. J’ai été dès le départ condamnée, enseignante mort-née avant d’avoir vécu ; qu’importe ma pratique, mon travail, j’étais jugée sur des préjugés, des ressentis. A l’instar de Smourov, dans Le Guetteur de Nabokov, plongé « au sein d’un enfer de miroirs dont il ne sortira qu’au moment où deux images pourront enfin coïncider », j’ai pu reconstituer une image, sortir de cet enfer, jouer avec les lettres et les mots et redonner au stagiaire une identité, Iris Agate et, pour mieux l’exprimer, deux yeux, un regard singulier, un point de vue, pour enfin réfléchir, à travers un roman et un nom de plume, les méthodes de ces observateurs/évaluateurs, cette « gent cruelle des assis ».

Souriez, vous êtes évalués ! Evaluate vs exterminate : les évaluateurs daleks (1)

Comme vous le savez déjà, en tant que stagiaires, vous allez tout au long de l’année être observés et surtout évalués. Dans la série « Souriez, vous êtes évalués ! », proche parfois de la pire des téléréalités, vous allez peut-être connaître des épisodes pas toujours drôles, la plupart du temps éprouvants et inutiles, mais que vous ne pouvez pas zapper si vous voulez être titularisés. Le casting laisse souvent à désirer, mais ce n’est pas à vous d’en décider. De toute façon, vous n’êtes pas un personnage clé, même si c’est votre carrière qui est en jeu, vous ferez plutôt de la figuration. Fort de votre statut de stagiaire ou d’intermittent de l’éducation, vous allez donc voir défiler dans votre classe des évaluateurs très divers.

Je vais vous parler ici de la pire espèce des évaluateurs et dont l’utilité est très contestable, puisqu’ils ne servent qu’à bien faire suer les stagiaires, et ensuite à encombrer inutilement les décharges, car ils ne sont pas biodégradables et difficilement recyclables. Ce sont les évaluateurs daleks. On ne les distingue pas les uns des autres car ils se reproduisent par clonage. Aussi pouvez-vous tout à la fois avoir affaire à un tuteur ou une tutrice dalek, un formateur ou une formatrice dalek, un chef d’établissement dalek, un inspecteur ou une inspectrice dalek. Et là, méfiance, les daleks deviennent vraiment méchants lorsqu’ils peuvent se regrouper et leur évaluate risque fort de se muer en exterminate.

Il est facile de les reconnaître : ils n’éprouvent aucune émotion en dehors de la haine, ils sont donc sans pitié ; ils vous observent par le petit bout de leur lorgnette, à travers un prisme très étroit, qui leur offre une vision déformée de la réalité et de votre pratique ; ils ont un vocabulaire stéréotypé, les mêmes obsessions et tics de langage, leurs connexions cérébrales ne sont pas toujours au point, et parfois des fils se touchent. Ils se mettent alors à clignoter et ils vous en font voir de toutes les couleurs. Quoi qu’il arrive, vous n’êtes pour eux que de la chair à canon.

Si vous avez, malheureux stagiaire, affaire à un évaluateur dalek, surtout ne fuyez pas, ça risque de l’énerver. Non, respirez un grand coup, et faites votre séance comme si de rien n’était, en priant pour que vos élèves ne remarquent pas au fond de la classe l’étrange boîte de conserve à la voix métallique qui vous scrute à la loupe, vous fusille du hublot et guette le moindre de vos faux pas : sinon vos élèves vont se tortiller sur leur chaise, et on dira qu’ils se tiennent mal ; se taire et peu participer et on notera que vous n’avez pas su générer un climat de confiance ; partir en courant dès la sonnerie et on vous reprochera de manquer d’autorité ; se retourner sans cesse l’air inquiet et on vous accusera de ne pas les intéresser ; demander à un camarade ou à vous-même ce que c’est que cette drôle de bête-là et on dira qu’ils font preuve de stratégie dilatoire et que vous ne les gérez pas…

Vous l’aurez compris, face à des évaluateurs daleks, il faut faire profil bas. Ils rejettent tout ce qui est exogène, extérieur à leur monde. Votre expérience, ils n’aiment pas ; vos diplômes, vous les oubliez, licencié à la rigueur, maîtrisé sûrement pas car c’est eux qui décident à l’aide de croix si vous maîtrisez quoi que ce soit, mastérisé seulement et seulement si vous l’êtes à la sauce meef, certifié, agrégé, ça ne compte pas puisque c’est eux qui décident s’ils doivent vous titulariser…

Et surtout, surtout si vous êtes Docteur, ne le leur dites pas, ça peut les rendre fous ! Exterminate ! Exterminate !

(1) Référence bien sûr à la célèbre série britannique produite par la BBC, Doctor Who, et notamment aux ennemis jurés du Docteur, les Daleks.

Elle est née la divine comédie…

Une saison dans l'enfer des profs.inddElle est née la divine comédie… Jouez hautbois, résonnez musettes ! Chantons tous son avènement ! Allons, n’exagérons rien, mais je suis vraiment heureuse d’avoir mon livre entre les mains, de le voir tout beau, fraîchement sorti des presses.

Cette saison dans l’enfer des profs se clôt sur une naissance : 300 g de papier pour une année bien amère ; 533 paragraphes pour dénoncer des méthodes inacceptables mais aussi nuisibles, pour les enseignants comme pour les élèves ; 6212 lignes pour retracer mon parcours en tant que fonctionnaire stagiaire après l’obtention d’un Capes de Lettres ; 53872 mots pour le dire, dire l’acharnement mais aussi le ridicule de tous ceux qui ne savent que dévaluer, éliminer, qu’ils soient tuteur, formateur, inspecteur, chef d’établissement… ; 352589 caractères pour dresser le portrait de personnages, dignes d’une farce, qui pourraient figurer au panthéon de la bêtise humaine ; 240 pages pour démonter certains rouages pervers de la machine Éducation.

Cette saison se clôt sur une naissance, peut-être une renaissance, l’avenir me le dira, mais une délivrance en tout cas. Car l’écriture m’a permis de me libérer de cette honte, cette culpabilité que l’on veut vous faire ressentir parce que vous êtes licenciée. Licenciée ? de l’Éducation nationale ? Mais quelle faute inavouable cette stagiaire a-t-elle bien pu commettre car, enfin, l’Institution doit avoir de bonnes raisons ? On ne licencie pas comme cela. Eh bien si, il suffit de ne pas valider votre stage. Quant aux méthodes employées, je les traite dans mon roman et j’aurai l’occasion d’y revenir sur ce blog.

10 juillet 2015, l’annonce de mon prochain licenciement – il ne sera réellement arrêté qu’en octobre – c’est là où tout a vraiment commencé. Avant cette date fatidique l’idée d’écrire ce livre avait germé, j’en avais déjà choisi la trame, celle de La Divine Comédie qui m’a servi de fil rouge, un fil que j’ai suivi pour sortir de cet enfer, me reconstruire, et comprendre ce qui m’était arrivé. Comprendre ce licenciement injuste et brutal, sans bien sûr l’accepter, à travers les méthodes et les ficelles juridiques, administratives utilisées pour justifier l’injustifiable : arbitraire, acharnement, dénigrement systématique… la fin justifie les moyens. Des moyens inhumains qui vous laissent confus, blessé, humilié, honteux, impuissant. Et face à vous une Institution qui veut surtout rester impunie.

L’écriture m’a permis de sortir de cette confusion, d’avoir de nouveau les idées claires, de panser mes blessures par l’ironie et la distance qu’elle permet, de relever la tête, de reprendre un droit que l’on m’avait confisqué, celui de faire entendre ma voix et, même si celle-ci reste à l’état de chuchotement, elle aura au moins le mérite d’avoir existé.

L’Enfer de Dante, toujours d’actualité

En 2015, était célébré le 750e anniversaire de Dante, né en 1265, et auteur de La Divine Comédie. Drôle de coïncidence… 2015, l’année même où j’ai commencé la rédaction de mon livre, Une Saison dans l’Enfer des profs tout en m’inspirant de la trame de la Divine Comédie et surtout de la descente aux Enfers.

Pour rendre hommage à Dante et montrer une autre réalité de l’Enfer dantesque, Arte diffuse Mercredi 20 janvier 2016 à 23h10 un documentaire sur le sujet.

Merci à Marie-Thérèse pour m’avoir donné l’info.

Bientôt en librairie, « Une saison dans l’enfer des profs… »

masque-rose-rvb-960pxDans ce roman, inspiré de la réalité, Iris Agate, nous fait partager avec un humour grinçant le quotidien kafkaïen de ces jeunes « élus » tout juste titulaires du fameux Capes.
Tout en établissant un parallèle étonnant avec la Divine comédie de Dante, écrite huit siècles plus tôt, elle nous montre quelles sont les méthodes qu’une administration au sein de l’Éducation nationale, emploie pour briser tous ceux qui refusent l’absurde et l’arbitraire.

Iris Agate est éditrice. Issue d’une famille d’enseignants, elle est titulaire du Capes de Lettres modernes. Elle a enseigné au collège, au lycée et à l’université.

Extrait

«Dans cette société du spectacle où le paraître prenait le pas sur l’être, les stagiaires n’étaient que des animaux de cirque qu’il fallait dompter pour qu’ils ne remettent jamais en cause l’illusion des tours qu’on leur jouait et qu’on leur faisait jouer, dresser pour qu’ils reproduisent sagement toutes les figures, même impossibles, qu’on leur intimait d’effectuer, et qu’ils participent ainsi à l’illusion collective. (…)
Et surtout qu’ils ne s’avisent pas de perdre l’équilibre ! On le leur ferait payer. Pas étonnant que les stagiaires se sentent épuisés après tout cela, surtout lorsqu’ils avaient, comme Iris, une tutrice qui s’occupait en plus de leur casser les pieds. »

Parution : 9 février 2016