Une école peut en cacher une autre

Harcèlement, violence morale et physique, mal-être d’une jeunesse, des adultes dépassés, une institution inhumaine pour laquelle la fin justifie les moyens, et qui préfère se voiler la face ou même jeter de l’huile sur le feu plutôt que de résoudre les problèmes et de faire face à ses responsabilités, voilà quelques thèmes explorés dans la saison 2 d’une excellente série, American crime, diffusée en France entre janvier et mars de cette année.

Certes, l’action se passe aux États-Unis, mais ce qui est dénoncé dans cette série – qu’il s’agisse de violence, d’homophobie, de racisme, ou encore d’une institution scolaire, uniquement préoccupée de son image, de son intérêt et du pouvoir de quelques-uns, prompt également à trouver des boucs-émissaires – pourrait l’être également en France et entre les murs de l’Éducation nationale.

Eh oui, une école peut en cacher une autre.

De quoi s’agit-il exactement ?

Faire taire la victime

L’histoire commence par la photo d’un lycéen, Taylor, prise pendant une fête, où on le voit en slip, à moitié inconscient et qui circule sur les réseaux sociaux accompagnée de commentaires insultants, dénigrants. C’est le point de départ, malheureusement classique où la victime devient un problème, surtout lorsque cette dernière ne fait pas partie du cercle influent des familles les plus riches qui aident au financement de l’établissement ; dans tous les cas, fait partie des plus faibles dont on peut se débarrasser facilement, – le croit-on – sans vague ni même remous.

Dans la diffusion de cette photo et des commentaires l’accompagnant, il y a là une atteinte à l’image, à la dignité, un harcèlement larvé, une violence psychologique qui prend peu à peu de l’ampleur, au sein de l’école et sur les réseaux sociaux. Or, comment réagit l’institution scolaire ? Plutôt que de chercher les responsables et de les sanctionner, plutôt que d’aider l’élève humilié, la directrice va renvoyer Taylor arguant que se retrouver pris en photo (contre son gré) et dans une posture humiliante ne sied pas au comportement normal d’un élève et que la photo diffusée, là encore contre son gré, nuit à l’image de son lycée.

Merveilleuse rhétorique que l’on trouve parfois et trop souvent à l’œuvre au sein de l’EN lorsqu’une hiérarchie fait l’autruche et préfère demander à l’élève harcelé de s’inscrire dans un autre établissement, ou encore lorsqu’elle traite un de ses membres éducatifs comme un fauteur de troubles, un abominable contestateur s’il en vient à relater le harcèlement dont il est victime ou dont il est témoin et essaie de s’en débarrasser.

Étouffer l’affaire

Mais les choses ne vont pas s’arrêter là. La mère de Taylor prend rendez-vous avec la directrice et lui demande de l’aide et des sanctions adaptées car – même si son fils refuse de lui parler, et cela peut se comprendre, de ce qui lui est arrivé – elle pense qu’il a été drogué durant cette fête puis violé. On est là bien sûr devant un cas qui aurait immédiatement dû être porté à la connaissance de la police. Mais non, là encore pour cette directrice et l’institution qu’elle représente, il faut se protéger à n’importe quel prix : protéger la réputation de son établissement et par là même protéger sa carrière.

Dans la réponse, ou plutôt la non-réponse apportée, ce qui frappe c’est la froideur, l’absence d’empathie, et enfin la perversité, à travers une stratégie mise en place pour étouffer l’affaire et toute velléité de plainte. Devant cette absence d’écoute, de réponse, l’engrenage va se mettre en place : la mère de Taylor finira par porter plainte, des dossiers sur sa vie seront alors déterrés pour salir sa personnalité, la faire passer pour folle en tout cas très instable, donc peu digne de foi ; Taylor lui-même sera accusé d’avoir eu des rapports sexuels consentis, et si ces rapports ont été violents, c’est que lui-même a des penchants masochistes… A la fin de la série, des vies sont détruites, au propre comme au figuré, peu de personnages en sortent indemnes…

D’un crime à l’autre, d’une école à l’autre

Et l’institution ? Oh, ses murs sont solides, elle s’en remettra, ne vous en faites pas.

J’ai regardé la série au moment où je terminais l’écriture de mon livre, Une saison dans l’enfer des profs. Et j’ai retrouvé, dans les méthodes utilisées, cette lâcheté, cette violence, cette mécanique perverse qui se met en branle dès que l’institution et surtout certains de ses membres se sentent menacés, dans leur petit pouvoir, leur carrière dérisoire.

Sur le site brain damaged, l’auteur de l’article préconise de diffuser la série « dans les écoles tellement elle est importante et parle de sujets difficiles auxquels la jeunesse est malheureusement confrontée ». Je suis d’accord, mais cela me semble peu probable. Pour cela il faudrait déjà que cette institution accepte de se regarder dans ce miroir peu complaisant, pour prendre en compte la réalité, bien loin des discours de façade et trop souvent biaisés auxquels elle est rompue. En un mot qu’elle accepte de grandir et d’être responsable.